Ce que Clint Eastwood avait totalement raté, les frères Dardenne l’ont merveilleusement réussi : offrir un grand rôle à Cécile de France. Dans leur nouveau film, en compétition officielle et mercredi prochain sur tous les écrans, qu’on se le dise. Oui, qu’on se le dise, car il court parfois comme une injuste et petite et méchante rumeur sur ce nouvel opus dardennien. Qui serait plus faible que les films précédents des desdits frères. Qui serait plus mièvre. Qui serait etc... Au secours ! Mais, en fait, on le sait bien ce qui dérange ici les tristes figures, les raconteurs de n'importe quoi qui confondent simplicité et simplisme dans le cas présent. C’est qu’ils ne peuvent appliquer au geste de l’héroïne (Cécile de F donc) une grille toute faite : elle recueille chez elle un gamin abandonné par son père et menacé de centre social. Tiens on se croirait chez Maïwenn et plus encore chez Guédiguian (voir épisodes cannois précédents). Décidément de la Belgique à l’Estaque, les questions sont les mêmes. Si l’on parle plus à Marseille, on agit de même qu’au Nord. On recueille. Sans plus trop d’explication. On pare au plus pressé de l’urgence sociale. Parce qu’au-delà, le ticket du vivre ensemble ne sera plus du tout valable. Parce que la coiffeuse des Dardenne est socialement la petite cousine de l’assistante à domicile qu’incarne Ascaride chez Guédiguian. Tendez la main, il en restera toujours quelque chose. C’est cette même sollicitude dont Agnès Jaoui cherchait jusqu’au nom dans son dernier film « Parlez-moi de la pluie » et qu’un prolo provençal se chargeait de lui expliquer concrètement sans grandes formules mais vie difficile à l’appui. Les Dardenne nous disent tout cela avec leur mise en place habituelle qui fait qu’on est en terrain connu mais pas conquis pour autant. Que la grâce laïque touche leur héroïne, quoi de plus naturel chez eux qui traquent de film en film les ressorts de nos vies communes. Au centre du film, un singulier rappel de « La Promesse » , leur film de 1996 : on y voyait la longue course d’un ado en mobylette. Leur Doinel à eux. Non sur une plage mais sur une route. Cette fois leur gamin a un vélo. L’objet de tout son amour. L’instrument de sa liberté pense-t-il. Un vélo. Quoi de plus cinématographique que cette mécanique-là, on l’a déjà dit. Ici la course du vélo prend des allures de cinéma en liberté et d’audacieuse course vitale. C’est cette image en particulier qu’on gardera du nouveau film de Jean-Pierre et Luc Dardenne : un gamin sur son vélo. Une image de cinéma si simple qu’on aurait aimé en voir une au moins comme ça chez Malick. Pas une image ramenarde venu du fond des siècles de la création. Non, une image, juste une image, une image juste et un moment de cinéma où le temps du spectateur s'arrête : on est alors nous aussi dans l'image, une fois le pont franchi et les "fantômes" qui nous accueillent n'ont rien d'effrayant, ils sont nos doubles d'humanité. Du moins en rêvons-nous.

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