Marcel Ophuls
Marcel Ophuls © Rémi Lainé
Oui, il est malin Marcel Ophuls et cabot également. Il sait en effet qu'il lui vaut mieux assurer lui-même cet exercice biographique. Et il est même gonflé dès les premières images au cours desquelles il n'hésite pas à se décrire en mari violent, en l'absence précisément de l'épouse partie vivre loin de lui en Normandie. Et dans ce VOYAGEUR, il sera d'ailleurs beaucoup question d'absents. En premier lieu, évidemment, ce sera la figure du père, Max, figure tutélaire, envahissante, tentaculaire. Figure admirée jusqu'à l'envivrement, mais dont on sent bien aussi qu'elle aura pesé toute une vie sur les épaules d'Ophuls-fils (au cours d"une scène aussi rapide que cruelle, Costa-Gavras félicite ainsi Marcel de n'avoir pas poursuivi dans le domaine de la fiction au cinéma, sous entendu comment en la matière vouloir rivaliser avec Max ?...). Les souvenirs du fils sont tout simplement savoureux et magiques, ironiques et tendres. De même que les souvenirs du mari se font à la fois amoureux et glacés, comme si le passé ne passait décidément pas (le père et le frère de l'épouse furent des Nazis...). D'autres fantômes viennent donc à l'appui de cette auto-histoire : Truffaut, Brecht, Kubrick et même Dietrich que le vieil Ophuls se désole d'avoir trouvé trop vieille pour lui à la fin d'une soirée intime...On pardonne presque tout à Ophuls, ce vieux monsieur indigne qui déblatère avec jubilation sur Antonioni. Presque tout mais pas l'amalgame indigne qu'il pratique au détour d'une aut-justification trop courte du CHAGRIN ET LA PITIE en assimilant les désastreux Philippe Bouvard et Jean Dutourd à Simone Veil et surtout à l'historien Pierre Laborie auteur du remarquable ouvrage LE CHAGRIN ET LE VENIN. Ce dernier a récemment osé une relecture du documentaire d'Ophuls, une relecture nécessaire quand on sait le poids excessif du film et sa nécessaire remise en perspective historique. Ophuls sait bien que, malgré toutes ces qualités, son documentaire a engendré un discours nauséabond du genre "Tous collabos". Dommage qu'il n'est pas saisi l'occasion de cet autoportrait pour tenter le débat, lui l'apôtre à juste titre titre de la subjectivité et dond de la "dispute". Reste un documentaire passionnant de bout en bout, incarné par un cabot de génie avec lequel on aurait envie de passer des heures pour l'écouter, le contester, l'admirer...
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