Après "Wolverine : le combat de l'immortel" et "Logan", James Mangold met sur roues ce moment charnière de l'histoire automobile où Ford a voulu détrôner Ferrari à la compétition du Mans de 1966, en chargeant Carroll Shelby et son pilote Ken Miles de construire l'automobile qui devait être la clé de ce succès.

Affiche du film "Le Mans 66" avec Christian Bale et Matt Damon
Affiche du film "Le Mans 66" avec Christian Bale et Matt Damon © 2019 Twentieth Century Fox

Le film présenté par Jérôme Garcin 

Matt Damon, c’est le pilote texan Carroll Shelby, vainqueur du Mans en 1959, et reconverti, pour des raisons de santé, en concepteur de voitures. Il fut chargé, au milieu des années 1960, par la Compagnie Ford, de mettre au point des bolides, capables de damer le pion à l’écurie Ferrari, dont les 24 heures du Mans était la chasse gardée. Shelby choisit, pour piloter le bolide Ford GT40, l’anglais Ken Miles (Christian Bale), une tête brûlée allergique à toute autorité. 

Xavier Leherpeur y a pris un certain plaisir mais sans plus

XL : "Ça ne m'a pas poussé à apprendre à conduire ou à courir. C'est un film où pendant longtemps, pendant 2h20, je me suis dit "Oh là là, c'est un film d'un tel patriotisme américain que c'en est quand même un peu benêt... Un peu insistant sur le fait qu'aux Etats-Unis, quand on croit à son rêve, on peut y arriver, quand on se dépasse, on se surpasse, eh bien on va arriver à la victoire. 

J'y ai pris un certain plaisir même si ça ne m'a pas bouleversé

Ford n'a rien pour gagner, il finira par triompher. Ce personnage joué par Christian Bale, c'est pareil, il a tout contre lui, notamment son caractère de chien, et pourtant, il finira par se dompter, par triompher. 

Il regarde avec des grands yeux la bannière américaine, elle flotte et on entend bien le bruit

C'est une histoire vraie. James Mangold filme très bien les scènes, il y a en plus un revirement du destin qui change complètement la donne et il apporte une espèce d'ironie macabre, de désillusion sur le rêve américain que je trouve assez réussie". 

Matt Damon (Carroll Shelby) et Christian Bale (Ken Miles) dans "Le Mans 66"
Matt Damon (Carroll Shelby) et Christian Bale (Ken Miles) dans "Le Mans 66" / 2019 Twentieth Century Fox

Eva Bettan est allée le voir parce que c'est son métier, sinon elle n'y serait jamais allée

EB : "Moi, je suis "no sport" comme disait Churchill. 

Je m'en fous, je ne fais aucun sport, je déteste ça

Je suis allée le voir parce que c'est mon métier mais sinon je n'y ne serai jamais allée. Mais une fois que j'étais là, ça se regarde et ce que j'ai trouvé très intéressant, c'est que c'est une inversion des codes : c'est David contre Goliath sauf que David, là, c'est une multinationale, c'est Ford quand le petit, en réalité, c'est Ferrari

C'est quasiment un film anticapitaliste parce qu'on vous montre tous les patrons de Ford, comme étant des gens aux dents longues, des bœufs qui ne comprennent rien à rien et qui n'ont aucune finesse lorsque Ferrari a l'air d'avoir de la classe, lui, c'est un esthète. 

Ce n'est pas Karl Marx au cinéma mais... Ça se regarde, même si c'est un peu long."

Pour Charlotte Lipinska, le film est très très long, mais réalisé avec classe et panache !

CL : "Je crois qu'il n'y a rien au monde qui m'intéresse moins que les courses automobiles, c'est terrible ! 2h30, c'est quand même un peu pénible... 

Mais cela étant dit, il faut quand même reconnaître qu'il y a une mise en scène extrêmement élégante, classieuse qui fait que, pour une fois, les courses automobiles ce n'est pas un montage survolté comme on a l'habitude de voir dans n'importe quelle course de voitures au cinéma !

Là, on les suit vraiment, on est embarqués avec eux. Le réalisateur arrive même à avoir différents dispositifs qui font qu'on ne s'en lasse pas tant que ça. 

Evidemment, l'artiste est doté d'un caractère de cochon, on se demande s'il va réussir à maîtriser ses nerfs dans sa bagnole... Bon bah, on le sait, au bout de 2h30..."

C'est quand même très très long, mais c'est fait avec classe et panache !

Christian Bale et Matt Damon dans "Le Mans 66"
Christian Bale et Matt Damon dans "Le Mans 66" / 2019 Twentieth Century Fox

Pour Michel Ciment, c'est un film passionnant, de grand talent mais très classique

MC : "Moi, je reviens au titre original en anglais : c'est 'Ford contre Ferrari' et pas du tout 'Le Mans 66', les Français concentrent tout sur la course automobile française. 

Ce qui est intéressant, indépendamment du fait que les scènes de voitures sont extraordinairement filmées, c'est que les Américains savent admirablement montrer les mécanismes d'une profession, comme Steven Spielberg quand il montre le Washington Post (Pentagon Papers), Otto Preminger la justice (Autopsie d'un meurtre). Et, là, c'est une métaphore sur le cinéma : le personnage de Matt Damon, c'est un ingénieur qui a besoin de trouver un grand pilote pour courir dans sa voiture et Christian Bale, c'est l'exécutant. Et contre ces gens-là, il y a les cols blancs, les capitalistes qui ne comprennent rien à la création. C'est exactement comme le metteur en scène à Hollywood qui doit ruser en permanence avec le système. 

C'est un film tout à fait passionnant et intéressant, de grand talent mais très classique sans être un grand film

Mais quand on est dans la salle, on passe de très bons moments". 

Le film

► Sortie en salles le 13 novembre 2019. 

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5 min

"Le Mans 66" de James Mangold : les critiques du Masque et la Plume

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