Marguerite
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Unanimité rare chez les critiques cinéma du Masque et la plume enregistré à Nancy autour du dernier film de Xavier Giannoli : Marguerite avec Catherine Frot. Avec les critiques Danièle Heymann (Marianne), Pierre Murat (Télérama), Xavier Leherpeur (Studio-Cinélive) et Eric Neuhoff (Figaro)

La présentation du film par Jérôme Garcin :

C’est l’histoire à la fois hilarante et bouleversante d’une chanteuse d’opéra qui dans les années 1920 à Paris chantait plus faux que la Castafiore, mais elle était convaincue d’être une grande soprane. Comme elle était riche, elle pouvait acheter ses admirateurs, les critiques des journaux, des partitions originales, des costumes de divas, et même les grandes salles. Personne n’osait avouer la vérité à la dame. Elle s’offrait même les services d’un ternor sur le retour joué par Michel Fau.

C’est Catherine Frot qui incarne à la perfection cette cantatrice qui massacrait le grand air de la Reine de la nuit, et c’est André Marcon qui joue son mari impuissant et désespéré qui passe son temps à dire : « Mais pourquoi a-t-elle besoin de beugler comme ça ? ». L’histoire a été inspirée à Giannoli par la véritable milliardaire américaine Florence Forster Jenkins, célèbre pour hurler comme un million de porcs qui mourut en 1944 après avoir chanté à Carnegie Hall. C’est Meryl Streep qui va l’interpréter dans un biopic à venir de Stephen Frears. Moi, j’ai beaucoup aimé ce film.

Xavier Leherpeur

J’adore ! C’est un des meilleurs films de Xavier Giannoli avec lequel je ne suis pas toujours très clément. J’aime beaucoup ce cinéaste. Mais il m’a déçu avec son précédent film Superstar . C’est un cinéaste très intéressant quand il est positif. C’est un sujet totalement pour lui. Il a toujours tourné sur les histoires autour de l’apparence, du mensonge. Là c’est un personnage très sincère alors qu’elle chante faux et elle n’a autour d’elle que des personnes qui lui mentent tout le temps. Je ne sais pas si elle est consciente de chanter si faux. C’est là que Xavier Giannoli réussi son coup :il aurait été facile d’en faire un personnage ridicule, mais elle est bouleversante .

Aucun des personnages autour n’est massacré. Pourtant il arrive avec des archétypes assez lourds : Michel Fau cocotte avec son mignon, il aurait pu être un personnage d’une lourdeur absolue. Mais il en fait un personnage enfantin, méchant, bourré de contrastes. C’est pour ça que les papiers des Inrocks et de Libé qui disent que c’est un film machiste, c’est scandaleux ! Ce film aurait pu-être une satire, mais c’est un mélo, c’est un mélo baroque, c’est un opéra sépia, un opéra-bouffe… Il s’amuse avec toutes les formes : de l’opéra, du théâtre, et du cinéma. Il est à deux doigts de la boursouflure, mais est dans la demi-mesure. Catherine Frot est filmée magnifiquement.

Daniele Heymann

C’est un film qui vous emporte dès la première image. Ce qu’il faut dire, c’est que Xavier Giannoli a réussi à nous emmener avec une sorte de bien-être dans les années 1920 dans un film opéra sans afféterie, sans rouler les mécaniques. Il y a une remarque qui est importante que prononce la comtesse Dumont : l’argent n’a pas d’importance, l’important c’est d’en avoir ». Sans cynisme, mais parce qu’elle le pense. Et c’est la cruauté extraordinairement représentée de cette folie sublime , parce que personne n’ose lui dire qu’elle chante faux, parce qu’elle a des bonnes œuvres et que le public dévoyé par sa générosité l’applaudit, elle ne sait pas - ou elle ne veut ou ne peut pas savoir - qu’elle chante faux.

Cette illusion magnifique est portée jusqu’au bout du film. On se dit : ce n’est pas possible, elle va se réveiller, on va lui dire la vérité… Mais il y a toujours quelque chose qui empêche la vérité. Tous les gens qui l’entourent, tous des salauds qui lui cachent la vérité par lâcheté ou intérêt sont séduits et laissent tomber une partie de leur armure. C’est un film qui a des moments très drôles, et puis tout à coup, il y a deux journalistes insolents qui profitent d’elle et qui l’emmènent dans le Paris des années folles ou elle rencontre une fameuse femme à barbe. Il y a du baroque, du tragique, du comique et il y a vraiment une comédienne qui est grandiose.

Eric Neuhoff

C’est un très beau film. Dans le parc, on entend des paons, mais à l’intérieur du château, c’est encore pire, puisque la maison de maison chante !C’est la Castafiore de Tintin. C’est un film sur les vies que les gens voudraient mener qu’ils ne visent pas pour de bon, et repeignent leur illusion d’une autre couleur. C’est aussi l’histoire d’un mari qui ne sait pas comment faire plaisir à sa femme. Ce n’est pas le public qui lui ment. Ce sont ses amis, ses connaissances qui sont bien élevés.

C’est tellement un sujet à la Giannolli : ces gens à côté de leur existence qui voudraient autre chose comme Depardieu dans Quand j’étais chanteur ou Cluzel dans À l’origine .Il est vraiment dans ses chaussures. C’est un film qui a déjà de la patine, qui est bourré de clins d’œil à Sunset Boulevard , il y a un serpent, un majordome, un paon qui chante mieux qu’elle, et une Marseillaise encore plus massacrée que quand c’est l’équipe de France de football qui chante. Catherine Frot est étonnante. Elle revient en très grande forme.

Pierre Murat

J’aime beaucoup l’univers de Xavier Giannoli. Il est toujours passionnant. À l’origine , c’était l’histoire d’un type qui voulait escroquer et qui se laissait prendre à son jeu et finalement essayait de faire le bien autour de lui. C’est un personnage totalement obsédé parl’illusion, la vérité et l’hypocrisie. C’est un film méchant sur la relation. Les personnes de son entourage sont avec elle d’une lâcheté qui rappelle Billy Wilder, mais c’est aussi très Max Ophüls, très Lola Montès. Cette pauvre femme qui chante faux, est aussi bouleversante que Martine Carol dans Le Cirque …

Ecoutez l'extrait du Masque consacré à Marguerite :

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La bande annonce

Les autres films évoqués dans l'émission

  • Youth, de Paolo Sorrentino.
  • Much Loved, de Nabil Ayouch.
  • Agents très spéciaux, de Guy Richtie
  • Au plus près du soleil, d'Yves Angelo
  • The Lesson, de__ Kristina Grozeva et Petar Valchanov.
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