L'acteur Mark Ruffalo (qui est aussi producteur du film) incarne Robert Bilott, un avocat spécialisé dans la défense des industries chimiques qui livre un combat acharné contre la firme chimique DuPont et ses rejets toxiques sur la communauté rurale de son enfance. Les critiques du "Masque & la Plume" ont adoré !

L'acteur Mark Ruffalo (alias Robert Bilott) dans le film "Dark Waters"
L'acteur Mark Ruffalo (alias Robert Bilott) dans le film "Dark Waters" © AFP / KILLER FILMS - PARTICIPANT / COLLECTION CHRISTOPHEL

Le film présenté par Jérôme Garcin 

Le film retrace le combat de l’avocat Robert Bilott (Mark Ruffalo) qui dénonça, en 2016, les pratiques toxiques de l'entreprise chimique DuPont, dont il avait été le conseil. La multinationale rejetait des déchets indestructibles provenant de la fabrication du Téflon, polluant l'eau à Parkersburg (Virginie) et empoisonnant les habitants et les animaux. Le combat de Billott allait durer dix-sept ans.

S'il regrette un Mark Ruffalo un peut trop gnangnan, Pierre Murat salue la réussite de la mise en scène du film

PM : "C'est à peu près le même type de scénario que le dernier film de Clint Eastwood (Le cas Richard Jewell), c'est plus inattendu car de la part de Todd Haynes, quand on sait qu'il a fait notamment Loin du paradis ou encore Carol. Il s'en sort très bien.

J'ai été très frappé par la façon dont il se sert du montage pour accélérer quelquefois le rythme, pour résumer l'action, pour que ça aille vite. Il sait très bien le faire.

C'est une vraie réussite de mise en scène

Ce qu'il montre bien, c'est le mépris de du puissant groupe chimique DuPont. En l'occurrence, comment les déshérités, les misérables n'intéressent pas ces gens-là. C'est très marqué, je trouve que c'est très habile de la part de Todd Haynes. 

Juste, la vie de famille vient là un tout petit peu lourdement même si je pense que c'est très volontaire. 

Le personnage est très caricatural dans le côté gnangnan, mou.

Je pense que Todd Haynes déteste la famille parce que la façon dont il montre les cérémonies de Thanksgiving et la tenue de Anne Hathaway qui a un gilet framboise avec des étoiles dorées de l'époque, c'est très moche…"

Pour Charlotte Lipinska, le film est "très impressionnant" avec un Mark Ruffalo qu'elle trouve "absolument génial" 

CL : "C'est dans la lignée de ces films qui reposent sur des enquêtes, vraiment assez fleuves, à l'américaine. 

C'est rigoureux, c'est documenté, c'est très précis. Il arrive à rendre aussi limpide une complexité dans les méandres juridiques, économiques et ça nous paraît clair comme (de l'eau polluée malheureusement)

Le film est très impressionnant parce que même si on ne doute pas, dès le début, évidemment, de la culpabilité de cette entreprise DuPont, finalement on se laisse prendre comme une sorte de suspense

La question, en tant que spectateur, c'est combien de temps ça va prendre pour que la vérité éclate au grand jour ?

Mark Ruffalo est absolument génial dans son obstination, il reste impassible, neutre et on a l'impression qu'il se fond dans le décor

Il fait tout gris, il pleut, il règne une ambiance de polar norvégien. 

On rentre chez soi, on a un peu envie de lourder sa poêle en téflon ! 

On se dit que Mark Ruffalo doit avoir un truc avec la famille DuPont, puisque, souvenez-vous, dans le film Foxcatcher, il jouait le lutteur qui s'était fait assassiner par l'héritier de la famille DuPont. C'est la deuxième fois, qu'il monte au flambeau avec cette famille !"

Mark Ruffalo dans le film "Dark Waters"
Mark Ruffalo dans le film "Dark Waters" / Participant & Killer Films

Nicolas Schaller salue un Mark Ruffalo aussi formidable que le sont ses propres convictions dans le film

NS : "L'acteur Mark Ruffalo est formidable, de même qu'en producteur du film. Il faut savoir qu'il s'est remis d'un cancer du cerveau, il est très écolo et il défend Bernie Sanders

Il y a beaucoup d'éléments biographiques qui lui tiennent vraiment à cœur

C'est vraiment un film de commande pour Todd Haynes puisque c'est Mark Ruffalo qui est allé le chercher pour réaliser le film. Et Todd Haynes arrive à apporter son empreinte, de toujours filmer des gens un peu avant-gardistes dans la société américaine qui essaient de trouver leur vérité, une émancipation empêchée par une société conservatrice réactionnaire. 

C'est vraiment David contre Goliath : un petit avocat qui travaille dans un cabinet et au sein duquel tout le monde travaille pour DuPont, et qui se retrouve à lutter à l'intérieur même de la machine

Il y a une cohérence esthétique assez incroyable et une espèce de froideur continue mais avec, à la fois, une différence de photos entre les intérieurs des bureaux à New-York et puis, en même temps, cette bourgade rurale où on ne sait pas si la brume naît de la pollution ou si c'est une brume naturelle. 

Le personnage de Mark Ruffalo, qui essaie de trouver une famille, de se trouver une raison car orphelin et se construit à travers son travail, je trouve que ça fait partie des choses émouvantes du film".

Sophie Avon applaudit un film et un acteur "somptueux qui traduisent subtilement bien l'Amérique malade" 

SA : "Je trouve que le film est somptueux, beau. Todd Haynes est à l'aise dans ce film-là. Et dès le départ, il imprime sa marque, même visuelle, parce que c'est un film de dossier oui mais très visuel : au début, il le débute presque comme un film d'horreur, une sorte de climat de menace avec des gamins qui viennent jouer dans le lac à la nuit pour profiter du cadre idyllique de la campagne et qui se retrouvent face à un cauchemar tant le site est pollué. 

En une scène d'ouverture, il montre tout le projet de son film : montrer comment le rêve américain a muté en désastre, en cauchemar absolu

Je trouve que c'est extraordinaire parce que ça infuse tout le temps le long du film

L'enquête est très rigoureuse, très bien faite, incarnée par Mark Ruffalo, un acteur qui fait preuve d'une grande douceur dans la mise en scène, de vénéneux dans le film, gentil, doux

On sait très bien qu'il ira jusqu'au bout et fait très bien ressortir le côté 'ville contre campagne'. C'est le plouc de service et il aimerait bien faire partie du cabinet des chics mais on lui parle avec beaucoup de mépris. Il choisit ses origines parce qu'il défend les paysans, c'est subtil et c'est une réflexion sur ce pays malade qu'est devenu l'Amérique, malade de son pouvoir, de sa surpuissance, de son argent, de son progrès. Vraiment, c'est une réflexion très profonde.

Mark Ruffalo dans le film "Dark waters"
Mark Ruffalo dans le film "Dark waters" / Participant & Killer Films

Le film

► Sortie en salles le 26 février 2020. 

🎧 Écoutez l'ensemble des critiques échangées à propos de ce film sur le plateau du Masque et la Plume :

8 min

"Dark Waters" de Todd Haynes : les critiques du Masque & la Plume

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