Andreï Kontchalovski nous transporte dans l'Italie florentine du début du XVIe siècle à travers le génie renaissant du célèbre sculpteur, peintre et architecte. Un portrait cinématographique qui a ébloui le Masque & la Plume, admiratif de la mise en scène réaliste de l'époque et des tourments du célèbre personnage.

Affiche du film "Michel-Ange" d'Andrey Konchalovsky avec l'acteur Alberto Testone
Affiche du film "Michel-Ange" d'Andrey Konchalovsky avec l'acteur Alberto Testone © AFP / PRODUCTION CENTER OF ANDREI KONC / COLLECTION CHRISTOPHEL

Le film présenté par Jérôme Garcin 

Un film italien du Russe Andreï Kontchalovski avec Alberto Testone dans le rôle du peintre de la chapelle Sixtine et dont le titre original du film est Le péché. Un Michel-Ange barbu aux mains très noires, aux ongles cassés, un Michel-Ange soucieux, dans l'Italie du XVIe siècle, de trouver le marbre de carrière le plus pur pour la tombe du pape Jules II. Un artiste en fureur qui juge que sa famille est trop dépensière. Il juge qu'elle est dans le péché. Et tout cela sur fond de querelles entre les deux grandes familles qui investissent Michel-Ange, les Médicis et les della Rovere. 

Détail important pour ceux qui ne l'ont pas encore vu : on ne voit jamais Michel-Ange travailler. "Ce n'est pas un biopic, a expliqué Andreï Kontchalovski lors de la projection du film au Festival de cinéma de Rome, Michel-Ange avait un caractère terrible, il aimait l'argent, il était pingre, faisait les choses un peu à l'Italienne. Il était donc profondément humain. Je veux qu'on sorte du film en se disant qu'on connaît cet homme"

Un film de 2h16 qui se mérite.

Jean-Marc Lalanne a tellement adoré qu'il avait "l'impression d'être devant la chapelle Sixtine"

"La durée n'est pas un souci. Ça fait vraiment partie de l'expérience du challenge. 2h16 ça peut paraître long mais c'est vraiment un film dans lequel on s'enfonce et où on se sent de mieux en mieux

Il y a une telle puissance dans le cinéma de Kontchalovski.

Ce n'est pas un cinéaste que je connais extrêmement bien mais j'ai été saisi par sa puissance plastique. Il arrive vraiment à ressusciter un monde. Il y a un effet de présent assez fort sur cette Italie du début du XVIe siècle. Au-delà des acteurs, les corps sont extrêmement bien choisis. 

On a vraiment le sentiment d'entrer dans l'univers sensible qui a donné les grandes œuvres de la Renaissance.

Tous les corps sont remarquablement puissants, forts. On a l'impression d'être devant la chapelle Sixtine et je trouve qu'il est très fort pour filmer la matière, la lumière. C'est purement du cinéma. Les blocs de marbre blanc qui sont quasiment comme le monolithe noir de 2001 : A Space Odyssey de Stanley Kubrick. Ils sont très expressifs avec une vision de l'artiste représenté à la fois comme un démiurge puis comme un valet, comme quelqu'un qui est toujours en train de négocier des choses pas très ragoûtantes avec les puissants et qui, en même temps, se prend quasiment pour Dieu. Il vit dans cette tension-là qui le mène à la bordure de la folie". 

Je trouve le film assez fort.

Eva Bettan salue le cadre réaliste de l'époque que le film a réussi à mettre en scène 

"Le véritable héros du film, c'est le bloc de pierre. C'est un moment crucial dans le film puisque nous, en tant que spectateur, on sait que c'est un grand artiste et on s'attend quasiment à ce que ce soit une sorte de film de science-fiction. On s'attend à ce qu'il donne vie à ces blocs de pierre. On voit comment ils construisent des poulies pour le déplacer. 

Il y a un côté extrêmement physique qui est palpable et que je trouve vraiment très intéressant.

Il y a la saleté des rues, il y a un décalage entre l'obscurité des maisons et la blancheur du marbre. Il y a une vision qui est finalement très antipathique de Michel-Ange : il est radin, il trahit tout le monde, il insulte ses confrères, etc. Le film place le curseur à côté de la création de Michel-Ange. Et tant mieux. 

Ça aurait été ridicule de montrer Michel-Ange en train de sculpter.

Il y a un agrégat de petites choses complexes qui ne se font pas d'une manière évidente entre ces vignettes de ce que pouvait être la ville à l'époque et celles d'un artisan obligé de négocier pour l'argent avec cette sorte de tentation du chef-d'œuvre en voyant les blocs de pierre". 

Pour Michel Ciment, "c'est un très grand film qui donne une approche très réaliste de l'époque"

"Je pense que c'est un très grand film. Parce que d'abord, Kontchalovski, à mon avis, fait une métaphore avec Michel-Ange sur la situation de l'artiste dans un régime d'oppression, d'absence de libertés. Michel-Ange, vis-à-vis des papes, est exactement dans la même situation qu'un artiste russe avec le KGB, la censure, l'Inquisition. Il était victime de l'Inquisition. Comment peut-on créer dans le cadre d'un régime autoritaire ? On arrive à créer malgré tout. 

C'est une sorte de profession de foi. C'est une réflexion sur le rapport de l'artiste et du pouvoir.

Deuxièmement, je pense que c'est aussi une approche de la Renaissance qui est encore le Moyen Âge. Une approche très réaliste qui ressemble à des Roberto Rossellini, Pier Paolo Pasolini, Ermanno Olmi. À toute la tradition italienne qui consiste à montrer le passé comme s'il était présent. C'est très réussi. 

On a beaucoup dit, concernant les critiques du public, qu'on ne le voyait pas peindre. Bien sûr qu'on ne le voit pas peindre mais dans le Van Gogh de Maurice Pialat, on ne voit pas l'artiste peindre. André Roublov, dans son film âgé maintenant de 50 ans, on ne le voyait pas peindre non plus. Les peintres où on voit le peintre appliquer son art, ce sont souvent les plus mauvais films ! Ça n'a aucun intérêt".

Xavier Leherpeur a lui aussi été très touché par la grâce cinématographique de Kontchalovski

"C'est un film que j'aime énormément. C'est un film de contrastes entre les ors du Vatican et, en même temps, la noirceur des rues, un film dans lequel il faut traverser la blancheur de ce bloc de marbre. 

Ce que j'aime beaucoup dans la mise en scène pure de Kontchalovski, c'est ce rapport constant entre des très gros plans sur des mains calleuses et des mains abîmées. On ne le voit pas au travail, mais on voit le résultat du travail sur ses mains. C'est très beau. C'est un rapport très organique, très minéral. Je n'ai pas besoin de voir autre chose. C'est quelqu'un qui, effectivement, a les mains dans le cambouis du fait de ce travail-là et, en même temps, subitement, avec un effet de montage assez puissant, on a quelque chose de sacré, quelque chose de trivial, quelque chose qui émane de la grâce du ciel, qui prouve qu'il y a chez Michel-Ange quelque chose qui nous échappe à tout ce qui est le génie, cette grâce divine dans laquelle il se plonge autant que dans le travail. Ce rapport de contrastes n'est porté que par l'image, sur ce talent extraordinaire qu'est l'inspiration". 

Il filme vraiment à travers des choses prosaïques et concrètes, je trouve ça très beau.

Le film

► Au cinéma depuis le 21 octobre

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6 min

"Michel Ange" d'Andreï Kontchalovski

Par Jérôme Garcin

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