Mieux valait laisser passer quelques jours… Mais, au bout de cinq, je craque. Ainsi donc on sait avec certitude depuis le 14 juillet dernier que Kad Merad est par excellence l’incarnation de la nation française. C’est à lui en effet que les plus hautes autorités de l’Etat ont demandé de lire des extraits du Préambule de la Déclaration des droits de l’Homme et du Citoyen. C’est lui qui devant un parterre de politiques français et étrangers a déclamé quelques phrases essentielles et fondatrices. On voit bien ce qui a motivé pour nos élites gouvernantes le choix de cet acteur : Kad, c’est le type qui a joué dans le film qui a fait plus de 20 millions de spectateurs. Si c’est pas un symbole national, ça… On avait déjà eu droit à Dany Boon décoré des Arts et des Lettres (cherchez l’intrus, comme disait Desproges) par la Ministre de la Culture en personne. Il faudra désormais faire avec Kad Merad chantre officiel de la République française. Une République sympa qui ne se prend pas au sérieux. C’est vrai, quoi, il est sympa, Kad. Et puis vous l’avez vu sur la place de la Concorde, en costume, d’accord, mais avec le négligé soigneusement travaillé de la cravate légèrement défaite. Chic, mais pas dupe. Responsable, mais pas banal. On fait dans le sérieux un peu débraillé, tendance Canal (Plus) historique. On s’officialise, mais on reste près du peuple (manque de pot, il est possible que le peuple ne rigole pas trop avec les symboles). Ce 14 juillet, c’était donc « Bienvenue chez les N’importe quoi ». Qu’un succès commercial commande l’un des moments forts de la Fête nationale annuelle me laisse pantois. Ce jour-là, on est censé célébrer la prise de la Bastille et non celle du Box office. Vous imaginez un peu De Gaulle demandant à De Funès ou à Bourvil, le 14 juillet 1967, après le retentissant succès de la « Grande vadrouille, de venir déclamer ce même Préambule sur la même place de la Concorde ? Impossible. Risible. Grotesque. Sinon quoi ? Vous dire très vite, trop vite, que parmi les 15 films qui sortent cette semaine, il faudrait à mon sens ne pas rater « Lake Trahoe » du Mexicain Ferando Eimbcke. Tout commence par une malheureuse embardée qui fait que la voiture du protagoniste du film se retrouve encastrée dans un poteau. Petit accident sans importance et début d’un voyage pour se tirer de ce mauvais pas. Les superbes plans larges qui accompagnent et illustrent cette quête gagnée par l’absurde valent à eux seuls notre déplacement de spectateur. Et vous pourriez alors être pris, comme je le fus, dans les filets d’un film définitivement séduisant tant sa « petite musique » s’impose : « Rien moins que rien pourtant la vie » (Aragon)La phrase du jour : « Fonce, Alphonse » (Jean-Pierre-Léaud alias Antoine Doinel dans « L’Amour en fuite » de François Truffaut à son fils Alphonse joué et déjoué par Julien Dubois)

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