On avait dit ici-même lors du dernier Festival de Cannes l'immense bouffée d'air frais cinématographique que représente le nouveau film de Robert Guédiguian. Quelques mois plus tard et une projection supplémentaire, on maintient la position et même on l'amplifie au regard d'un climat politique et social particulièrement délétère. Qu'on se le dise, le cinéaste de l'Estaque est définitivement un héritier de Renoir, le Patron. Et son nouveau film pourrait bien être sa "Règle du Jeu" à lui. En déplaçant le curseur, en quittant les classes sociales pourune classe sociale sensée se dissoudre dans des classes moyennes fourre-tout, Guédiguian construit un discours social que seuls les esprits faibles associeront à de la naïveté ou pire à de la mièvrerie. Que son scénario, écrit avec son complice Milési, fasse la part belle à ce que l'on croit être du ressort de la fable, soit. Seulement voilà, dans cette France mondialisée où les syndicalistes finissent par voter leur propre mort à main levée et démocratiquement, s'il vous plait, et où les mêmes pauvres gens se mettent à voler pour payer leur loyer ou le plein au supermarché, les prétendues fables ne trompent plus personne. Et les mauvais comptes sociaux d'un chômage endémique et d'une précarité sociale devenue précisément la règle du jeu ne produisent que des mauvais contes à dormir debout et à devenir enragé. Déjà dans "Mon père est ingénieur", ce film injustement méconnu, le cinéaste nous faisait le coup des santons et de la pastorale provençale pour mieux nous envoyer quelques uppercuts bien sentis... C'est ce que nous racontent à nouveau Guédiguian et sa bande d'acteurs incroyablement inspirés, anciens et nouveaux allégrement mélangés, avec cette fois une mention spéciale pour une nouvelle venue sur le port, Maryline Canto, à l'incroyable justesse en Marianne outragée, démolie, tremblante littéralement et qui, vaillante, remonte sa pense à coup de Tiramisu conviviaux et de "Ah, ça ira" implicites. Le formidable couple de cinéma qu'elle forme avec l'emballant Gérard Meylan est comme un condensé idéal de nos peurs et de nos limites citoyennes. Oui, car au fond, c'est bien de notre République (la sociale, la seule, ou du moins, celle qui devrait servir de boussole...) dont il est ici question, à travers ce récit entre rires et larmes sur une réalité que le démiurge Guédiguian décide de rendre fragilement lumineuse contre vents et marées libéraux. Et de fait, le slogan de ces "Neiges" pourrait être piqué à Romain Rolland et Gramsci : "Il faut allier le pessimisme de l'intelligence à l'optimisme de la volonté". De Hugo à Jaurès, la France de Guédiguian se tourne vers le futur en prenant appui sur des enfants protégés et recueillis pour tenter de conjurer le sort et la fatalité

Mais, qu'on se le dise également, le film de Guédiguian and co. n'est pas un tract, il est d'abord un objet cinématographique dans la pure tradition, redisons-le, des films de Renoir, avec notamment une belle liberté dans l'art de filmer des personnages qui refusent de baisser les bras. Le cinéaste sait concilier son allant artistique avec sa volonté de regarder le monde qui l'entoure. On en ressort gonflé à bloc, avec l'envie de déplacer les montagnes, le Kilimandjaro, par exemple.

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