Revus récemment deux films avec Bourvil, « La Cité de l’indicible peur » de Mocky et « La Traversée de Paris » d’Autant-Lara. Le pur hasard et non le début d’un cycle consacré à l’acteur. Quoi qu’il en soit, deux films importants dans une carrière pleine de contrastes et de fausses évidences. Bourvil, c’est l’image du parfait imbécile, gentil, gentil, gentil mais décidément gentil. Chez Mocky, c’est un flic qui passe pour un idiot et finalement combat le c rime avec succès. Chez Autant-Lara, c’est le Français moyen sous l’Occupation plus lâche et plus brave à la fois que les caricatures habituelles. Etre là et faire un pas de côté : si Bourvil est un pur génie, c’est en raison de sa capacité à tenir cette position sans faillir, sans faiblir, sans mentir. C’est à chaque fois un régal, un nouveau régal. Bien au-delà du simple corniaud à la Oury lequel limite l’acteur à une confrontation avec le clown excité et autre génie, De Funès. Clown blanc et niais contre clown Duracel et grincheux, ça marche à tous les coups mais le système finit par tourner sur lui-même avec des effets attendus : l’un tape, l’autre geint, l’un vocifère, l’autre tempère,… Seul (ou face à d’autres mais avec plus de mesure : ici Gabin, là Poiret-Blanche) Bourvil s’en tire mieux parce que malgré tout il a le sens du jeu collectif. De Funès atteint son sommet avec Oscar où il est définitivement seul. Bourvil trouve chez ses partenaires de quoi alimenter une humanité souriante, mais beaucoup moins niaisaude qu’il n’y paraît. On enrage que la mort ait décidé de le rapter juste après le tournage du « Cercle rouge » de Melville. On enrage de ne pas avoir vu Bourvil être dirigé par d’autres « tragiques », histoire de changer de registre et histoire surtout de prouver son étendue chromatique, loin, très loin du lourdaud normand. L’élégance définitive qui le caractérise aurait su donner à des rôles dits dramatiques l’épaisseur nécessaire. Et puis il y quelques chansons chantées par l’acteur. « Un oranger sur le sol irlandais, ça on ne le verra jamais », « « Non, je ne me souviens plus du nom du bal perdu », des petites phrases presque codées en forme de souvenirs d’enfance et de berceuses tristes. Il y a une nostalgie, comme une nostalgie profonde dans la personnalité même de Bourvil, l’expression d’une tendresse d’hier, irrécupérable et définitivement fascinante. Oui, décidément, Bourvil c’est bien une route familière qui invite au diverticule, presque à la paresse, à la récréation.Ah ! ça ira !La phrase du jour ?« Fantômes qui vivons séparés de nous-mêmes »Aragon, « Le Printemps »

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