Un film d'Asghar Farhadiavec Bérénice Bejo, Tahar Rahim, Ali Mosaffa

Après quatre années de séparation, Ahmad arrive à Paris depuis Téhéran, à la demande de Marie, son épouse française, pour procéder aux formalités de leur divorce. Lors de son bref séjour, Ahmad découvre la relation conflictuelle que Marie entretient avec sa fille, Lucie. Les efforts d'Ahmad pour tenter d'améliorer cette relation lèveront le voile sur un secret du passé.

Ce film est présenté en Compétition au Festival de Cannes 2013.

Le choix des comédiens

"La première fois que j’ai vu Bérénice, explique Asghar Farhadi, c’était pendant un voyage aux Etats-Unis. Elle était là pour la promotion de The Artist et elle m’a donné immédiatement l’impression d’être une personne chaleureuse et vraie. Elle faisait partie de ces personnes avec qui il est facile d’établir tout de suite une relation, un échange. Son interprétation dans The Artist m’a persuadé de l intelligence de son jeu. Ce sont deux dimensions absolument nécessaires pour que j’aie envie de travailler avec un acteur : il faut d’abord qu’il soit quelqu’un de fin et d’intelligent, et ensuite qu’il dégage à l’écran une énergie positive. Une personne attachante, avec qui le spectateur a envie de passer du temps."Bérénice Béjo se souvient que le premier jour des essais, Asghar Farhadi essayait de trouver quelque chose dans son visage, sans qu'elle sache quoi exactement: "je n’ai jamais fait des essais comme ceux-là ! il m’a mis des cotons dans la bouche, il m’a foncé le front, il a travaillé sur les commissures de mes lèvres. Au point que je disais à la maquilleuse : "Mais si il veut à ce point changer mon visage, autant qu’il prenne quelqu’un d’autre". On s’est à peine parlé, le jour des essais. Un tout petit peu du personnage. Et quand on s’est quitté, je ne savais quasiment rien."Alors que cherchait le réalisateur ur le visage de la comédienne ce jour là : "Le doute, qui est très présent chez Marie. Il se trouve que c’est moins le cas de Bérénice elle-même, qui n’est pas une femme qui doute. Mais elle m’a montré très vite, dès les premières répétitions, qu’elle serait capable de jouer cet état."

Le passé
Le passé © Carole Bethuel
Quant à Tahar Rahim, Asghar Farhadi l'a vu dans Un Prophète en Iran et a su aussitôt qu'il n'était pas un acteur comme les autres : "J’ai su que cet acteur n’était pas comme les autres, qu’il avait une capacité et une étendue de jeu assez exceptionnelles, et qu’il pouvait jouer des rôles très complexes. J’ai donc décidé de le faire travailler. L’une des caractéristiques de Tahar qui est très précieuse pour moi dans le travail que j’ai pu faire avec lui, c’est sa part d’enfance. C’est quelqu’un qui a gardé en lui de façon très présente quelque chose des émotions et des réactions de l’enfance."Tahar Rahim pense ,lui, que le réalisateur l'a choisi pour son côté "pâte à modeler" : "Je ne sais pas exactement mais je pense qu’Asghar choisit un acteur pour son côté « pâte à modeler ». Je crois qu’il aime transformer les gens. Il n’y a pas d’intérêt pour lui de prendre un acteur pour lui demander de faire ce qu’il a déjà fait, et il a raison. Il a d’ailleurs voulu me nettoyer de tous mes rôles précédents. Il a vu tous mes films et c’était obsessionnel, cela allait jusqu’au détail des costumes. Parfois je mettais une veste proche d’une que j’avais portée dans un autre film, et il protestait : « Non, je l’ai vue là, je n’en veux pas »." **Asghar Farhadi tient beaucoup à organiser des répétitions avant ses tournages.** Tahar Rahim : "J’avais répété beaucoup sur le film de Jacques Audiard. Mais c’étaient des répétitions différentes, il s’agissait de trouver le personnage, de le construire. Avec Asghar, il s’agissait d’aller dans son sens à lui : il voulait rendre ses acteurs malléables pour qu’ils se fondent dans les directions qu’il indiquerait. Là, les répétitions m’ont aidé à mieux comprendre mon personnage. A mieux m’adapter à ce qu’allait être ce tournage, la méthode d’Asghar, et aussi à pouvoir discuter un peu plus autour des questions importantes du scénario et des relations entre les personnages. Le plus important peut- être, c’était de découvrir comment le scénario, l’histoire en elle-même, allaient être sublimés par la mise en scène. Des choses sont nées pendant les répétitions qui n’existaient pas dans le scénario, notamment les relations émotionnelles entre les personnages. Tout devenait beaucoup plus complexe que ce que mon expérience m’avait donné à lire."Des répétitions qui ont duré prêt de deux mois et qui ont un peu inquiété Bérénice Béjo : "J’avais surtout peur de me fatiguer du texte, de l’histoire... Et quand on a commencé le tournage, j’avais l’impression d’avoir déjà joué le film ! Au cinéma, le tout premier montage que propose le monteur immédiatement après le tournage s’appelle « l’ours ». Et bien, c’est comme si j'avais moi-même fait cet « ours » ! Quand on est comédien, on a peur parfois de manquer de spontanéité, mais je me suis rendue compte que c’est à force de travail qu’on devient le plus spontané. On connaît tellement le personnage que les choses nous échappent."
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