Vu ce soir en projection de presse « Le Petit Nicolas » de Laurent Tirard, d’après Goscinny et Sempé (en salles le 30 septembre). Curieuse impression d’avoir vu un non-film en quelque sorte. Peut-être une ébauche de ce que cela aurait pu donner. Ou alors l’aboutissement d’un processus de destruction d’un univers. Entre les deux hypothèses, dont je concède qu’elles sont radicalement opposées, le petit bout de ma raison balance. A vrai dire, je n’ai qu’un vague souvenir de l’œuvre originale. Enfant, je l’ai lue, c’est certain. Et le souvenir que j’en ai tient à une sorte de nostalgie d’une lecture première. Un livre vers lequel rien ne me donne envie de revenir, sinon le sentiment qu’il ferait resurgir d’autres souvenirs, peut-être des parfums, peut-être des visages, peut-être des moments. « Le Petit Nicolas », pour moi, c’est entre le chocolat Poulain et les vélos Peugeot, entre le Fruité Pomme Cassis (qui, comme chacun le savait alors, est « plus musclé ») et la première montre Kelton. De tout cela, ai-je vraiment envie maintenant ? Non, évidemment. Parce que j’ai découvert qu’il y avait mieux à boire que le Fruité en question. Beaucoup mieux même, avec soit dit en passant une couleur presque comparable… ! Ce à quoi voudraient nous convier les auteurs de ce drôle d’exercice, c’est un retour vers le passé à la mode Baratier (Jugnot et sa chorale sont d’ailleurs présents dans le film, à travers un clin d’œil aussi appuyé que fondamentalement grossier). Partant d’une œuvre visuellement épurée au maximum (le trait minimaliste et légérement décalé de Sempé), ils en arrivent à l'exact contraire, c'est à dire à un "parfait" catalogue esthétique de la France des années 50 où pas un panneau de formica ne manque. Tout est là mais tout est vide à la fois. Le film tente de remplir un espace vacant. Comme un immense cimetière où l’on déverse une musique omniprésente de musette. C’était la France du « France » et le film ne fonctionne sur rien d’autre que cette variation sur la marque « Petit Nicolas », marque vendeuse parce que fondée en partie sur la nostalgie. Le blogueur s’en veut un peu de ces quelque mots peu amènes après avoir été en rogne déjà hier. Il s’en veut d’autant plus que demain sortent des films, de « vrais » films, c’est à dire des films qui donnent envie de rire, de pleurer, d’aimer, de crier. Et c’est de ceux-là dont il faut parler évidemment : « Singularités d’une jeune fille blonde », « Tu n’aimeras point », « Les Regrets », « Non, ma fille, tu n’iras pas danser ». Décidément, il faut aller à l’essentiel, ne pas perdre son temps à « peser des œufs de mouche dans des toiles d’araignées », dire le brûlant et oublier le tiède.Ah ! ça ira !La phrase de la nuit ?« On ne fait jamais les choses « pour rien ». Un geste, un sourire suffisent à tout éclairer. Il faut juste savoir cueillir l’indicible. »Paul Gadenne, « A l’œuvre »

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