Quatre ans après "Winter Sleep" (qui lui valut la Palme d’or à Cannes), voici "Le Poirier sauvage", le huitième film du turc Nuri Bilge Ceylan. Le film était en compétition à Cannes… et en est reparti bredouille : une terrible erreur de jugement, semble-t-il, à écouter certains critiques du "Masque & la Plume" !

"Le Poirier sauvage" de Nuri Bilge Ceylan est dans les salles françaises depuis le 8 août 2018
"Le Poirier sauvage" de Nuri Bilge Ceylan est dans les salles françaises depuis le 8 août 2018 © Memento Films Distribution

Le film résumé par Jérôme Garcin

Un film de plus de trois heures, qui se déroule à nouveau en Anatolie et s’apparente à un roman d‘apprentissage. Le jeune héros, Sinan, revient dans son village natal. Fou de littérature, il se destine à être écrivain et est en quête d’un éditeur à compte d’auteur pour son essai qui s’intitule justement Le Poirier sauvage. Mais ce n’est pas auprès de son père qu’il va trouver l’argent… Un père instituteur et perclus de dettes, qui joue ses maigres économies au jeu et tente de percer un puits sans eau. Sinan en vient à douter de son destin littéraire. En chemin, il rencontre un amour de jeunesse, un écrivain à succès, deux jeunes imams… 

Comme dans Winter Sleep, les images sont superbes, le rythme des saisons est lent, les dialogues peuvent durer 20 minutes et l’atmosphère est tchekhovienne (mais dans le bon sens du terme)…

L'avis de Michel Ciment : "un des plus grands films de l'année"

C'est un chef d'œuvre… un grand film, pas seulement de cette quinzaine, mais un des plus grands films de l'année.

La lenteur ne me gêne pas. Julien Gracq disait, dans Lettrines je crois : "Les grand romans fournissent des pilules de lenteur". Ce film est comme un grand roman de Stendhal ou de Tolstoï. Le problème n'est pas la lenteur ou la rapidité mais le rythme. Si un film a le sens du rythme et il peut être lent ou rapide, il nous comble de bonheur. Il y a eu plusieurs grands films de trois heures : Le Parrain, Barry Lyndon…

Michel Ciment : "Nuri Bilge Ceylan est un des plus grands cinéastes au monde et « Le Poirier sauvage » est un chef d'oeuvre. "
Michel Ciment : "Nuri Bilge Ceylan est un des plus grands cinéastes au monde et « Le Poirier sauvage » est un chef d'oeuvre. " / Memento Films Distribution

Que le jury qui a de la purée dans les yeux n'ait rien vu, que ce jury incompétent (et je pèse mes mots !) ait pratiquement raté tous les grands films du festival, ça n'est pas la faute ni à Nuri Bilge Ceylan ou à Lee Chang-dong [le réalisateur de Burning] !

Eric Neuhoff n'a pas aimé (du tout, du tout)

Ce qu'il y a de bien avec les films de Ceylan, c'est que je ne risque pas de raconter la fin… parce que je ne reste jamais jusqu'au bout ! Cela dit, je les vois toujours deux fois : puisque tout le monde dit que c'est un génie forcené, je me dis que je dois me tromper… Le suspense pour moi, c'est que je ne pars jamais au même moment du film... 

Il y a tout le temps le mot "génie" qui clignote sur l'écran, c'est quand même terrible !

Le problème n'est pas la longueur mais la durée du film... D'habitude c'est magnifique et silencieux et là, c'est bavard et pas très beau (contrairement à la coutume chez lui). Je  trouve le film d'un ennui, d'une prétention, d'un vide sidéral ; les discours de ce type ne sont absolument pas intéressants !

Xavier Leherpeur : "C'est un immense film"

C'est un film que j'ai vu à Cannes, le dernier jour du festival. C'était le quatrième film de la journée, le film dure trois heures… Je comprends mes petits camarades qui ont hésité et qui sont allés faire autre chose en se disant qu'ils le verraient à Paris. J'étais un peu épuisé... et je suis rentré dans le film au bout de trois secondes ! Je suis désolée mais si le jury l'a loupé, c'est qu'il y a un vrai problème de réception des films ! 

C'est quand même l'histoire d'un intellectuel qui essaie d'être à la fois enseignant et écrivain et qui s’apprête à devenir milicien - c'est-à-dire à taper sur ses copains, sur son propre camp pour pouvoir survivre. 

Xavier Leherpeur : "J'étais épuisé comme tout le monde (on avait dix jours de festival dans les pattes, avec certains très mauvais films) et ce film m'a lavé les yeux !"
Xavier Leherpeur : "J'étais épuisé comme tout le monde (on avait dix jours de festival dans les pattes, avec certains très mauvais films) et ce film m'a lavé les yeux !" / Memento Films Distribution

Pierre Murat a beaucoup aimé

Tout a été dit : c'est absolument splendide

Je voudrais revenir sur le fait que le personnage principal du film "n'est pas sympathique"... Mais Julien Sorel [dans Le Rouge et le Noir de Stendhal] n'est pas sympathique non plus ! Pourquoi devrait-il l'être ? 

Ecoutez

Ecoutez l'ensemble des critiques échangées à propos du film sur le plateau du Masque et la Plume :

11 min

"Le Poirier sauvage" de Nuri Bilge Ceylan : les critiques du Masque & la Plume

Pierre Murat : "absolument splendide"
Pierre Murat : "absolument splendide" / Memento Films Distribution

Aller plus loin

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.