On se croirait à Londres en 1942 : « Le Pont de Montvert est à Cannes », je répète « Le Pont de Montvert est à Cannes ». C’est surréaliste ? non, c’est résistant à sa manière. « La Vie moderne », le nouveau documentaire que Raymond Depardon a présenté ce matin revient dans des lieux déjà explorés par le cinéaste : les Cévennes, non loin du Pont de Montvert, au Villaret notamment. On y découvre de nouveaux personnages. On y retrouve des figures déjà connues. Ces paysans d’un pays cévenol qui se meurt sont nos parents oubliés et presque déniés. Mon Pont de Montvert à moi s’appelle Génolhac, ou plus exactement Les Bouzèdes, un hameau perché sur le Mont Lozère à une vallée de distance des paysages de Depardon. La même beauté, la même austérité souriante, la même luminosité sidérante, la même sensation d’un bout du monde qui serait le centre de l’univers, la même urgence vitale enfin dans ces reliefs séculaires : tout ce que Depardon a su montrer, je l’ai ressenti, le talent en moins ! Parce qu’un Maréchal de France prénommé Philippe prêta la main aux pires horreurs tout en déclarant que « La terre, elle, ne ment jamais », ce qui comme toute tautologie est une stupidité sans nom, les paysans sont devenus en France le symbole d’une arrière-garde dépassée. Et pourtant ceux que nous montre une nouvelle fois Depardon vivent sur des territoires parmi les plus beaux de France. Ils y vivent certes dans des fermes désormais isolées, recouvertes de neige en hiver et plombées par le soleil d’été. Et pourtant, une jeune fille ou un petit garçon veulent continuer d’y vivre, d’y travailler et d’y être heureux. Toute la force impressionnante de Depardon, c’est de montrer cela sans pathos, sans pesanteur, tout en filmant avec amour et intelligence des paysages stupéfiants de beauté. Hier, le génial Chinois Jia Zhangke nous donnait sa propre version de « La Vie moderne » avec son magnifique « 24 city », le pendant urbain, industriel, asiatique du travail de Depardon. Ces deux-là nous donnent à voir et à entendre, ils font leur travail de cinéastes. Modernes Le Vigan du « Quai des Brumes », ils peignent « les choses qui sont derrière les choses ». C’est dans ces moments de grâce que l’on aime le plus ce Festival.

Raymond Depardon
Raymond Depardon © Radio France / Palmeraie et Désert 2008

La tendance « documentaire » de ce Festival se confirme donc. Claude Lanzmann l’avait éclairée dès l’ouverture : « Il n’y a pas d’un côté la fiction, de l’autre le documentaire, il y a le cinéma. » On croirait entendre Godard. C’est profondément exact. Et c’est la raison pour laquelle la création d’un prétendu nouveau genre que l’on appelle le « docu-fiction » est une absurdité. Un gadget télévisuel. Un leurre.Pendant ce temps, les Ch’tis progressent et le Club des 13 initié par Pascale Ferran est désormais le Club des 300. Quant aux Cahiers du Cinéma, ils ont 17 repreneurs potentiels. C’est une bonne nouvelle, non ?

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