Pour son 7e film, Michel Hazanavicius joue entre réalité et fiction. Omar Sy y interprète un père célibataire qui raconte chaque soir des histoires à sa fille Sofia pour l’endormir. Devenue adolescente, son père doit accepter que sa fille grandisse et, avec elle, leur imaginaire, leur conte de fée commun.

Keyla Fala et Omar Sy dans le film "Le prince oublié"
Keyla Fala et Omar Sy dans le film "Le prince oublié" © PRELUDE - PATHE - STUDIOCANAL - TF1 FILMS PRODUCTION - BELGA FILMS PRODUCTIONS

Le film présenté par Jérôme Garcin 

Avec Omar Sy, Bérénice Béjo, François Damiens

Djibi, père célibataire (Omar Sy), raconte le soir des histoires à sa fille Sofia pour l’endormir. Histoires dans lesquelles il est un prince charmant et elle, une princesse, avec François Damiens dans le rôle du méchant. Jusqu’au jour où Sofia devient ado et n’a plus besoin d’histoires le soir. Or, le nouveau prince charmant de Sofia est un garçon blond de son âge. Le père, conteur au chômage, a désormais un gamin pour rival...

Eric Neuhoff est déçu par Michel Hazanavicius qui fait, selon lui, un film très lourd et répétitif…

EN : "Ça porte bien son titre, le prince oublié, c'est fait. Mais quand on sort de là, on se dit qu'il y avait un meilleur titre, c'est "Le prince qui s'oublie" parce que le film part d'une idée assez originale : ce père qui raconte des histoires et qui se transforme en héros de studio hollywoodien, c'est pas si mal…

Mais c'est terriblement répétitif, très ennuyeux, d'une laideur intersidérale, les effets spéciaux sont ratés…

Ça a coûté 25 millions d'euros quand même, cette plaisanterie… C'est dommage parce que Michel Hazanavicius est quand même un grand auteur. Les OSS 117, c'est marrant comme tout, c'est bourré d'inventions ; j'aime beaucoup aussi le film sur Jean-Luc Godard "Le Redoutable" ; il a aussi réalisé un film horrible sur l'ex-Yougoslavie, The Search. Mais là, c'est un film très redondant, répétitif

Ce n'est pas un film pour les enfants, sauf s'ils sont punis…

Ça dure seulement 1h30 et pourtant j'ai eu l'impression que ça a duré 2h… Je ne sais pas à quel âge on peut encore rigoler de ça. C'est dommage, j'attends son prochain film parce que là, pour l'instant, c'est un conte de fées à dormir debout ou assis dans son fauteuil". 

Jean-Marc Lalanne s'est ennuyé et a trouvé le film "hideux"

J-M. L : "Le Redoutable est un film qui me hérissait. Ce film-là m'ennuie passablement même s'il ne m'a pas hérissé. Ce qui me frappe, c'est quand même cette incapacité à atteindre une forme de poésie chez Hazanavicius… Il vise quand même l'exploration de l'imaginaire enfantin… On pense à des films qui commencent aussi par des récits racontés à des enfants comme Edward aux mains d'argent où on atteint une forme de poésie féerique. Mais là, le film est inapte à atteindre ce registre... 

Le film est très laid : dans la réalité, on est vraiment dans une sitcom plastiquement inintéressante au possible et quand on bascule dans le rêve, on est dans une publicité pour céréales pour enfants… 

Le film est vraiment hideux, au bout d'un moment, je m'ennuie tellement que je cherchais des idées… Il m'est apparu qu'il y avait quand même une obsession chez lui : la terreur de la question de l'adaptation. Le film raconte la même chose que dans The Artist dans lequel le personnage a très peur d'un moment de transition qui est ce passage du muet au parlant. Et, là, c'est le passage de l'enfance de sa fille à son état de jeune adulte, c'est la peur d'être oublié, d'être balayé par l'histoire et par le temps qui passe. C'est également la question posée dans Le Redoutable : comment Jean-Luc Godard renonce à son œuvre. 

Lui, au contraire, Omar Sy, va être une sorte de génie de l'adaptation. C'est un personnage totalement désuet qui n'arrive pas à s'adapter à son époque.

Il y a vraiment, chez Michel Hazanavicius, une espèce de phobie quant à la question de s'adapter au monde qui change

Si elle ne le trouve pas parfait, Eva Bettan salue les procédés naturels et métaphoriques du film

EB : "Il y a plusieurs choses dans ses films. Je ne dis pas qu'il est parfait, mais il y a des choses intéressantes. Il y a beaucoup de choses que j'ai aimées et je trouve qu'on peut tout à fait amener des enfants. C'est la même idée que Toy Story : les enfants grandissent et jettent les jouets, sauf que les parents on ne les jette pas, on leur dit : 'Salut tu es gentil, mais oublie-moi avec les histoires'. La base demeure la même : il y a quelque chose de douloureux pour les adultes quand les enfants grandissent

S'il choisit Omar Sy, une des plus grandes vedettes françaises aujourd'hui, il choisit un héros noir, une petite fille noire de la manière la plus naturelle du monde. La question de la couleur ne se pose pas

Il est dans la réalité, dans une sorte de monde qui serait idéal où le petit copain est blond. Parce que le cinéma français aurait tendance à choisir le rôle de l'acteur blanc, la petite fille blanche… C'est aussi un héros qui n'est pas bourgeois, sans qu'il en rajoute dans le côté misérabiliste. Il y a aussi un certain nombre d'éléments que je trouve vraiment intéressants dans les couleurs criardes, c'est une idée du monde de la fiction. Le monde de la fiction est plus dur que le réel : dans le monde de la fiction on t'efface tu vas aux oubliettes. Il y a aussi la question de la métaphore avec le cinéma : 

Qu'est-ce qu'il advient de nous le jour on ne peut plus donner d'histoire…

Après, comme probablement le film a coûté très cher, il faut retomber sur ses pieds car il y a une part de dureté qui ne va pas aussi loin que des films d'animation. Toy Story fait pleurer autant que la mort de la mère dans Bambi. Mais avec ce film-là, il ne peut pas aller aussi loin que va Toy Story". 

Pour Michel Ciment "le film est raté et n'a aucun charme"

MC : "C'est encore le regret de ce que le film n'est pas et ce qu'il aurait pu être, qui domine encore …  

Le film est massacré dans pas mal d'endroits de façon un peu injuste

Le film est raté, mais je pense à Vincente Minnelli, j'imagine un film hollywoodien de 1950 avec un monde imaginaire qui ne soit pas peint en jaune, affreux et criard comme cette vie imaginaire qui n'a aucun charme, aucune séduction. Je pense que la force de Hazanavicius, c'est finalement le pastiche, la parodie, les OSS 117, The Artist, le film sur Jean-Luc Godard.

Malgré tout je pense que le film plaira aux enfants parce qu'il y a une certaine fantaisie, un certain humour". 

Le film

► Sortie en salles le 15 janvier 2020. 

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7 min

"Le Prince oublié" de Michel Hazanavicius : les critiques du Masque & la Plume

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