Je confesse volontiers un péché quotidien et indispensable : la lecture du « Monde ». On est en plein dans l’héritage paternel. Comme tout le monde (?!), j’ai lu « Pif Gadget et « Picsou Magazine », mais « Le Monde » fait partie intégrante d’un même paysage mental et, je vous rassure, visuel d’abord au même titre que la R16 « Gris tabac » et le poste de télé noir et blanc Radiola. Et comme toute fidélité, elle est quasiment obsessionnelle. Du fin fond d’une île grecque ou à Saint-Père-sous-Vézelay (89), il me faut « Le Monde », en acceptant même qu’il s’agisse, par définition et parisianisme oblige, du journal de la veille ou pire encore... Soit dit en passant, des deux lieux cités je ne suis pas certain que le second ne soit pas le plus coriace donc le plus insupportable à mes yeux en matière de disponibilité fiable et régulière dudit quotidien. Mais passons. Il suffit amplement que cette addiction suscite l’ironie autour de moi comme ce fut le cas très récemment encore…Ce trop long détour pour vous dire que j’ai lu dans « Le Monde »de ce soir (daté demain donc) un passionnant entretien avec Jacques Audiard. Passionnant, parce que le cinéaste répond intelligemment à des questions intelligentes (ce qui n’est pas si fréquent en règle générale, et je suis bien placé pour le savoir…). Sur son parcours de cinéaste « tardif », sur la famille Audiard, sur le cinéma français, sur le cinéma en général et le réel en particulier (avec une percutante analyse relative à l’intrusion du numérique) et sur évidemment son nouveau-né, « Un prophète ». J’avais presque oublié que le film, vu à Cannes, allait sortir à la fin du mois d’août. Impossible par conséquent d’en parler vraiment à l’antenne, l’émission reprenant le vendredi 4 septembre à 17 heures (pub !). Et pourtant, on aurait tant aimé faire parler Audiard et ses acteurs de ce film hors norme, réussite totale dans une carrière qui va crescendo et ne déçoit jamais. Film de genre, film de voyous, film de prison, film d’initiation, film politique, film social, film moral. On peut multiplier les casquettes, sans jamais réduire cette œuvre à une seule de ses facettes. Et c’est la marque précisément des grands films. J’ai même hâte de le revoir, pour vous dire la vérité. Non par amnésie post-cannoise mais tout simplement parce que j’ai la certitude que cette deuxième vision, après quatre mois de décantation fera naître d’autres sensations, d’autres sentiments, d’autres émotions encore..Alors voilà, la lecture du « Monde » de ce soir m’aura au moins (!) apporté cela : le parfum du « Prophète » comme le rappel d’un plaisir d’hier et celui d’un autre à venir. Ultime précision pour vous dont je suis jaloux puisque vous n’avez pas encore vu « Un prophète », le film sera sur les écrans le 26 août prochain. Ah ! ça ira !La phrase du soir ?« Des droits sur moi ? de quel droit ? »Elsa Triolet

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