Star Wars : Episode VII - Le Réveil de la Force
Star Wars : Episode VII - Le Réveil de la Force © Disney

On a beaucoup parlé de la sortie ultra-médiatisée du film, mais on a moins entendu les critiques de cinéma livrer leur avis sur le film. Au Masque et la Plume, même s'ils ont failli mourir étouffés par le marketing, ils ont vu le film.Danièle Heymann (Marianne), Alain Riou (L’Obs), Xavier Leherpeur (Studio-Cinélive) et Pierre Murat (Télérama) reunis autour de Jérôme Garcin (L’Obs, et France Inter) livrent leur avis sur le film événement.

La présentation du film par Jérôme Garcin

Le 16 décembre, c’était la sortie mondiale du 7e volet de la saga intersiderale créée en 1977 par George Lucas. Star Wars le reveil de la force réalisé cette fois par J.J Abrams. Un film qui a envahi 1300 salles en France. Un film qui dure 2h20 en 3D avec notamment Harrison Ford, Adam Driver, Carrie Fischer, Oscar Isaac, et beaucoup d’autres. On est 30 ans après le retour du Jedi, L’Empire du mal s’appelle désormais Le Premier ordre, avec à sa tête, Kylo Ren dont le sabre laser est un crucifix. Face aux méchants, il y a Rey, la pilleuse de vaisseaux abandonnés, c’est Daisy Ridley et Finn, un noir orphelin Leur mission ? Retrouver Luke Skywalker, le dernier des Jedi exilé dans un lieu tenu secret.

Xavier Leherpeur : "C'est juste la version 2.0 de la Guerre des étoiles de 1977"

Il faut avoir un avis sur cette machine mercantile ? Alors qu’un avis critique est inutile, superfétatoire. C’est dommage. Techniquement, le film est irréprochable. J.J. Abrams, personnellement je l’adore, lui et son parcours : il vient de la télé. C’est un geek, on a à peu près le même âge. On a grandi avec les mêmes films, les mêmes séries TV, on a biberonné aux films de Spielberg, de John Carpenter, et on a regardé Wonderwoman et les drôles de dames. Donc, c’est mon petit frère jumeau qui fait du cinéma, qui gagne 200, ou 200 000 fois ce que je gagne. Je l’aime parce qu’il a gardé de la télé l’émerveillement, la rapidité d’exécution, de façon de faire très intelligente. C’est un vrai auteur, il se pose des vraies questions de cinéma, de mise en scène, c’est en cela qu’il est l’héritier d’un Spielberg, d’un Carpenter ou d’un Wes Craven. C’est-à-dire des gens qui ont fait du cinéma grand public, mais avec un vrai point de vue technique et artistique. Donc dire du mal de Star Wars, Le Retour de la force , c’est donc impossible, c’est techniquement parfait.

Mais en même temps, Disney nous a emmerdés avec des embargos, nous intimant l’ordre de ne rien dire sur les liens familiaux des personnages.Mais en fait Le Réveil de la force, c’est juste la version 2.0 de La Guerre des étoiles que l’on a vu en 1977. C’est le jeu des 7 différences, comme on y jouait dans le Parisien, il y a 20 ans ! On reconnait les décors, les costumes, ils ont mis une fille à la place de Luke Skywalker, mais c’est la même chose. Ils ont un peu changé le petit robot qui est plus sophistiqué que R2R2, mais il a le même côté petit chiot adorable. Il a le plan de là où se cache Luke Skywalker mais dans La Guerre des étoiles, il était le secret d’Obi-Wan Kenobi qui était révélé à la Princesse Leia, c’est le même, le mêmefilm, avec les mêmes morts, les mêmes disparitions, le même conflit avec le père. C’est formidable ! On chausse des chaussons en regardant le film, mais à un moment donné ça ne suffit pas.

J. J. Abrams, il a le plus beau cadeau qu’on puisse lui faire dans la vie : il fait La Guerre des étoiles , il a tellement aimé le film, sauf qu’il ne sort pas l’objet de son blister, il ne le sort pas du plastique, il le laisse en l’état. Il ne veut pas le toucher, ni le malmener. Quand il faisait Les Missions impossibles ou Star Trek , il n’en avait rien à faire : la carrière de Tom Cruise était en berne, et Star Trek, plus personne ne savait ce que c’était. Donc, il avait une totale liberté. Là, il est dans le Musée, dans le mausolée. Il est à la messe. Je me suis un peu ennuyé

DanièleHeymann : "On aime ça, il n'y a rien à faire !

Tout ce marketing obèse m’a pratiquement coupé l’appétit pour le film. Un processus qui dure depuis un an. Il y a une dimension absurde, obscène. A un point tel qu’on se demandait, même si on allait aller voir le film. Puis on y est allés, et on aime ça.

Ça vous rappelle tellement de choses. On pense aux premiers. Une fois qu’on est dans le film, finalement ces engins assez moches qui se castagnent éternellement dans des ciels noirs pas terribles, et ces régiments de soldats en plastique blanc, ces stormtroopers qui se font dessouder par centaines, mais pourquoi on aime ça ? Et tout à coup, il y a Harrison Ford qui est là. Il est vieux, mais qu’est-ce qu’il est beau ! Et il se moque de lui-même. Puis arrive la princesse Leïa qui n’a plus ses macarons, la première réplique qu’on lui donne, c’est « ah vous avez changé de coiffure » ? Mais, oui, on aime ça ! Il n’y a rien à faire, on est dans une nostalgie de ce qu’on était lorsqu’on a vu les précédents. Et J.J. Abrams est un sacré bon faiseur, un grand recycleur des mythes populaires, et finalement, il faut écarter le marketing, mais il faut y aller. Si on y arrive vu l’affluence.

Pierre Murat : "C'est vraiment Shakespeare pour les nuls"

Moi, je n’ai pas été dépaysé. J’avais raté quelques épisodes, mais celui-là est la suite de ceux que j’avais vus… C’est plutôt un très bon épisode, si on passe outre une musique nullissime. Je sais que c’est John Williams qui l’a composée. Je suis au courant que c’est un bon compositeur…Mais elle est omniprésente, elle est mauvaise, c’est de la soupe. Il faut également passer sur la bande son qui rend…sourd, parce que ça n’arrête pas. Il faut passer sur les lunettes 3D qui rendent aveugles. Surtout il faut passer sur cette Guerre des étoiles qui est vraiment : « Shakespeare pour les nuls » : avec les trahisons, les batailles, le père etc.. Mais avec une dose de débilité assez réjouissante. Je préfère le cinéma de Scorcese de Visconti etc…

Alain Riou : "Je ne me suis pas ennuyé. Mais je ne rachèterai pas de billets."

Je ne me suis pas ennuyé. Mais je ne rachèterai pas de billets. Il y a des choses imaginatives, mais il y a aussi des mers entières d’idioties. Le retour d’Harrison Ford, c’est bien, mais après ça, il est mauvais comme un cochon. Ils sont tous mauvais en particulier son fils….

Écouter l'extrait du Masque et la plume :

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