J’ai déjà écrit ici-même ce que je pensais du nouveau film de Michael Haneke au moment de sa présentation à Cannes. On est resté comme sidéré par cette plongée littéralement généalogique aux sources et de l’Europe des deux guerres mondiales avec boucherie et génocide à la clé et de la filmographie du cinéaste. Même si cette juxtaposition peut choquer (le premier élément, terrifiant parce que collectif, ne saurait se confondre avec le second, plus spécifique et individuel), il est impossible à mes yeux d’analyser le film autrement, ou du moins en faisant pencher la balance d’un côté plutôt que de l’autre. Qu’il s’agisse du tout premier film « historique » et en costumes donc, signé par Haneke ne saurait passer pour anecdotique. Ce retour aux sources porte en lui-même la double explication : Haneke comme historien et analyste d’un passé national et Haneke comme historien et analyste de son propre cinéma. On trouve donc dans ce « Ruban blanc » et des éléments pour comprendre l’histoire du siècle passé et des éléments pour comprendre les films passés du réalisateur. Ou comment le déchaînement des violences (dans l’Histoire du monde et dans les histoires d’Haneke) peut prendre sa source dans une société d’enfants et d’adultes totalement envahie par les perversions, les tabous et autres rapports de domination, de racisme, de xénophobie et d’exclusion. Les autres et l’autre sont au cœur de ce film, comme s’il s’agissait pour Haneke de nous indiquer le chemin de nos dérives collectives et individuelles. C’est le film le moins visuellement violent de l’auteur. Et c’est celui qui annonce le plus de violences réelles et cinématographiques.Cependant, il ne faut pas compter sur ce cinéaste labyrinthique pour nous donner aussi facilement des clés de lecture. Ces perceptions d’un double et ambitieux projet artistique se cachent au cœur même du film lui-même parsemé de fausses pistes, de tâtonnements revendiqués et du refus clairement affiché de se laisser aller à un rationnel qui confinerait à l’aveuglement. Ni l’histoire du XXè siècle ni le cinéma d’Haneke ne peuvent se résumer à des formules toutes faites, c’est ce qui apparaît dès la première vision du film. La seconde vision, elle, récemment expérimentée, fait découvrir de nouveaux abysses mais toujours dans le droit-fil d’une double lecture généalogique. La Palme d’or ainsi attribuée s’avère parfaitement juste en récompensant cette sorte d’œuvre totale d’un cinéaste moraliste qui réfléchit à sa propre construction artistique. Il est dans la vie des grands cinéastes de ces œuvres au caractère interne et externe qui éclairent le cinéaste et son œuvre autant que le spectateur. On songe, entre autres, à « M. le Maudit » de Fritz Lang, « Huit et demi » de Fellini, « Apocalypse Nox » de Coppola« Dogville » de Lars von Trier, « Parle avec elle « d’Almodovar. Autant dire des films inépuisables où l’on vient se ressourcer.Ah ! ça ira !La phrase de la nuit ?« Le succès est dans la confiance. »Marie-Joseph Chénier, « Timoléon »

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