Une histoire de paternité, un duel fratricide. Derrière la 24e aventure cinématographique de James Bond, SPECTRE , se cache un cocktail explosif qui aurait pu faire tomber l'espion

Affiche Spectre 007
Affiche Spectre 007 © Eon Production - MGM

Alfred Hitchcock disait que pour qu'un film soit réussi, le méchant devait l'être aussi. La série littéraire comme cinématogrophique de James Bond possède une des galerie de super vilains les plus réussies et les plus riches. Comme Sherlock Holmes avait le Professeur Moriarty , James Bond aErnst Stavro Blofeld , chef du SPECTRE , l'organisation criminelle internationale au centre de l'intrigue du 24e épisode qui sort sur les écrans le 11 novembre.

136, boulevard Haussmann

Son nom est Blofeld. Ernst Stavro Blofeld. Ex-agent des PTT en Pologne période soviétique, féru d'économie et de politique, Blofeld va devenir un spécialiste de la manipulation d'information et de la destabilisation. Moitié grec, moitié polonais, il quitte sa Pologne natale pour exercer ses talents partout dans le monde et devenir un des plus grand super vilain de la mythologie Bondienne. Il crée le SPECTRE (Service Pour l'Espionnage, le Contre-espionnage, le Terrorisme, la Rétorsion et l'Extorsion), une agence criminelle internationale sans idéologie autre que celle du profit. Basée à Paris au 136 boulevard Haussmann , elle se cache derrière une honnête association que l'on qualifierait aujourd'hui d'ONG, venant en aides aux réfugiés de guerre, la FIRCO (Fraternité Internationale de la résistance Contre l'Oppression).

C'est ainsi qu'apparaît l'ennemi juré de Bond en 1961 à partir d'Opération Tonnerre jusqu'à On ne vit que deux fois . Inspirée par le SMERSH , agence de contre espionnage soviétique créée par Staline en 1943, elle fonctionne en miroir du MI-6 Britannique. Elle avance dans le plus grand secret au milieux d'enjeux internationaux, ses membres se voient attribuer des numéros et tuer l'ennemi n'est pas une option. Le SPECTRE ne sert en revanche que ses propres intêrets financiers, là où le MI-6 est voué à la protection de ce qui reste de l'Empire Britannique.

Marié à une française avec un enfant, le Blofeld de Ian Fleming est cruel et déterminé comme James Bond. On pourrait même le considérer comme son jumeau maléfique. Il est même le commanditaire de l'assassinat de Teresa , la jeune épouse de Bond dansAu service secret de sa majesté .

L'ombre du SMERSH

Lavrenti Beria, 1946
Lavrenti Beria, 1946 © Hulton-Deutsch Collection/CORBIS

Pour imaginer une organisation criminelle d'envergure, de quels ingrédients à ton besoin ? Pour essayer de comprendre ce qui ce cachait derrière SPECTRE, j'ai donc passé un coup de fil au spécialiste du monde de l'espionnage sur l'antenne de Francer Inter, Patrick Pesnot . Ian Fleming pendant la seconde guerre mondiale avait travaillé pour les services de renseignements britanniques et l'on imagine aisément que ce qu'il a vu pendant cette période l'avait forcément inspiré. Derrière SPECTRE, nous retrouvons comme source d'inspiration une Agence de contre espionnage soviétique baptisée SMERSH et fondée en 1943 par Lavrenti Pavlovitch Beria (dont la biographie n'est pas éloignée de celle imaginée pour Blofeld), chef du NKVD et bras armé de Staline. La mission du SMERSH était de traquer les espions occidentaux et nazis, et ce par les moyens les plus extrêmes. En 1946, cette organisation disparaît officiellement.

Si Ian Fleming évoque le SMERSH, comme inspiration du SPECTRE, Patrick Pesnot confirme que l'on a jamais vu tout un groupe d'espions basculer dans une organisation privée elle a été imaginée, en tout cas à l'époque de la création de James Bond. Néanmoins, dans les années 90, après la chute de l'URSS néanmoins, on a vu des agents du KGB, des "organes" , mettre leur savoir faire à disposition du secteur privé voire d'organisations mafieuses. De plus, pendant les révolutions de couleurs, des ONG spécialisées dans les droits de l'homme ont servie de couverture pour des missions de destabilisations ou d'infiltrations du pouvoir comme pendant les révolutions de couleur en Serbie, en Ukraine ou en Georgie. De là à conclure que SPECTRE était une création visionnaire....*<iframe class="giphy-embed" frameborder="0" height="420" src="//giphy.com/embed/2XflxzF0PmUIpTXQANy" width="639"> </iframe> *

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Le SPECTRE de la discorde

Il n'y pas que dans la fiction que le SPECTRE a menacé l'existence de l'espion en anglais. Derrière le vilain monsieur chauve habillé en gris et caressant son chat angora blanc, se cache un véritable problème de paternité. Blofeld aurait dû être le premier méchant à se frotter au Walter PPK de Bond et non le Dr No . Ian Flemming avait co-écrit le scénario avec entre autre Kevin McGlory . Mais faute de budget, ce qui devait être Opération Tonnerre ne se fait pas. Fleming garde le scénario sous le coude et l'adapte en roman pour la 9e aventure bondienne. Ce que McGlory n'entend pas de cette oreille. Ce dernier se lance dans une longue procédure judiciaire pour faire valoir ses droits.

Mais le cinéma n'attend pas. Fleming vend ses droits à EON production et Bond doit déjouer les plans machiavéliques de SPECTRE par six fois sur grand écran, jusqu'à ce que la justice reconnaisse Kevin McGlory comme le propriétaire des droits cinématographiques d'Opération tonnerre et du SPECTRE , comme de son logo de la pieuvre .

Mais Kevin McGlory n'en reste pas là. C'est par lui que l'impensable arrive : Bond va affronter Bond en 1983. A ma droite, Kevin McGlory fait le remake de Opération Tonnerre avec Jamais plus jamais . Sean Connery rempile avec une moumoute au shaker et emballe Kim Basinger dans un tango endiablé. A ma gauche, Roger Moore à peine plus frais que son martini et spécialiste des mauvais jeux de mots affronte Octopussy dont le symbole est ... la pieuvre.

Peu importe qui gagne ce duel, ce qui reste c'est que Bond est déchiré en deux. Et il ne s'en remettra jamais vraiment. Il se cherche par deux fois dans les yeux de Timothy Dalton mais il souffre des années 80 et la fin de la dépression s'amorce avec Pierce Brosnan . Mais la renaissance, la vraie arrive en blonde sous les traits de Daniel Craig qui a pour mission de faire renaître James. Car entre temps, Eon a récupéré tout les droits d'adaptation de Bond. C'en est fini des tragédies familiales. 007 peut redémarrer à zéro avec Casino Royale en 2006, la première aventure imaginée par Fleming. L'épisode de SPECTRE boucle la boucle, et restaure James Bond dans sa propre histoire même si le retour de Blofeld en personne, lui, n'est pas assuré.

Mes remerciements à Patrick Pesnot, producteur de Rendez Vous avec X sur France Inter pour ses lumières.

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