de Jérôme Bonnellavec Emmanuelle Devos et Gabriel ByrneUne journée. Un train. Deux inconnus.Des échanges de regard, le coeur qui bat.Le regarder partir, le perdre à tout jamais ou s’offrir au temps de l’aventure ?Et si la vie d’Alix basculait…

Ce film est né un peu comme un fantasme, à l’image du coup de foudre aussi muet qu’immédiat des personnages l’un pour l’autre dans le train.

Emmanuelle Devos / Jérôme Bonnell : Regard croisé

Alix, le personnage imaginé par Jérôme Bonnell pour Emmanuelle Devos est actrice : "Qu’Alix exerce le métier d’actrice est une idée qui n’est pas venue immédiatement." se souvient Jérôme Bonnell, "Elle a surgi comme une évidence quand m’est apparu qu’il n’existait pas de rendez-vous plus immanquable que celui, pour un acteur, d’être sur scène le soir. J’ai voulu évoquer, dès les premières minutes du film, l’état qui précède cette entrée sur scène, le fameux "trac" qui serait comme l’écho du film entier. Ce qui m’intéressait ici précisément n’est pas "ce qu’on voit" quand quelqu’un joue mais davantage "ce que cela lui fait"."Le tournage a commencé par une longue scène d'audition, que Jérôme Bonnell a choisi de tourner en un seul plan. Une scène qui n'est pas sans rappeler des souvenirs à la comédienne :"La première scène qu’on ait tournée est celle de l’audition. La veille, j’étais encore à Cannes où j’étais jurée, je la préparais dans ma chambre d’hôtel. Je trouvais cette scène d’une difficulté monumentale. Ces essais, on les a tous vécus. En France, cela se passe souvent comme ça. On se sent misérable, honteux, le type en face joue comme une patate, on n’a pas les accessoires, on est démunis, la technique est déficiente, c’est très humiliant."

Gabriel Byrne
Gabriel Byrne © Céline Nieszawer

Pour interpréter l'homme du train, personnage auquel il n'a pas donné de nom Jérôme Bonnell a choisi le commédien britannique Gabriel Byrne : "Je l’ai toujours beaucoup admiré, dans des films comme Spider ou Miller’s crossing, mais c’est en le rencontrant dans un festival il y a des années que j’ai eu envie de le filmer. J’ai souvent besoin de voir les gens en vrai, malgré la fascination que je peux avoir pour eux à l’écran. Gabriel est un acteur très différent d’Emmanuelle. Elle n’est que liberté, invention immédiate, abandon ; aucune prise ne ressemble jamais à l’autre. Lui est plus qu’habité, mais travaille à l’anglo-saxonne, dans un contrôle précis, très fin, très méticuleux. Je pense que c’est précisément la rencontre de ces deux personnalités si différentes qui rend leur échange si gracieux."Emmanuelle Devos avoue avoir été "terriblement impressionnée" par son partenaire : "La première fois que je rentre dans sa chambre, avant que l’on s’embrasse, l’ingénieur du son a dit qu’on entendait mon coeur battre dans le micro ! J’étais tétanisée. Et puis il a fallu gérer sa pudeur. Il a dû se faire violence dans les scènes d’hôtel. Avec lui on a commencé par les scènes du train. Il ne voulait pas me voir avant, il préférait me découvrir en situation… mais il a été obligé de m’apercevoir pendant le maquillage."

C'est la deuxième fois que Jérôme Bonnell dirige Emmanuelle Devos. Différence notoire, cette fois ci, il a écrit pour elle : "C’est un cadeau ce rôle, un très beau cadeau, la première fois qu’un cinéaste écrit un film pour moi. J’ai trouvé incroyable qu’un jeune homme de 35 ans arrive à ce point à comprendre un état féminin. Je ne cessai de me dire en lisant le script, en le tournant : "Mais comment sait-il ? Comment un homme a t-il pu percevoir ces choses qui sont de l’ordre de l’intime, les ressorts du trouble de l’âme et du corps ?". Avec un romantisme à la Musset…"Le réalisateur a pris un grand plaisir à écrire et filmer ce personnage de femme : "Pour un pudique comme moi, c’est comme une bonne planque, je peux y mettre beaucoup de choses sans jamais être directement soupçonné d’autobiographie ! Je m’aperçois que c’est une façon d’aller beaucoup plus loin dans ce que j’ai envie de raconter, de contempler tout en m’identifiant, d’être à la fois plus libre et plus à l’abri."

Gabriel Byrne et Emmanuelle Devos
Gabriel Byrne et Emmanuelle Devos © Céline Nieszawer
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