Dix nouveaux films cette semaine dans les salles : les affaires reprennent ! Je ne vous parlerai ni de « Charleston et vendetta » (sic) du cinéaste serbe Uros Stojanovic, ni de « Neuilly sa mère ! » du réalisateur français Gabriel Julien-Laferrière dont les titres prouvent au moins que la bêtise ne connaît pas de frontière (ce dont on n’a jamais douté à vrai dire). Je n’ai pas vu non plus « Partir » de Catherine Corsini. Même si je me suis promis de le faire une fois revenu à Paris, j’ai frémi en lisant un romancier-cinéaste de renom et critique autorisé évoquer les grands films de François Truffaut de passion amoureuse. Non parce que « La Femme d’à côté » ou « La Sirène du Mississipi » sont des tabous intouchables, mais simplement parce que c’est mettre la barre haut, très haut. Comparaison, raison, etc.Vu à Cannes cette année, « Le Temps qu’il reste » (beau titre…) de l’israélo-palestinien Elia Suleiman mérite très largement que l’on s’y intéresse (et pas seulement parce qu’il s’agit du premier « film Inter » de cette rentrée !). Sept ans après « Intervention divine », Suleiman nous revient avec un film dans les mêmes tonalités, entre burlesque et ironie, gravité et amusement, désenchantement et espoir. Mêlant situation personnelle et familiale avec la situation historico-politique entre Israël et Palestine, il remonte le temps jusqu’en 1948 pour mieux nous parler du présent (le film est sous-titré « Chronique d’un absent-présent). Absents le pays, le père, la famille, la perspective d’un avenir apaisé. La force de Suleiman, c’est de faire toujours un cinéma politique avec les armes de Keaton (dont il cultive lui-même le sourire triste et l’absence-présence permanente) et de Tati notamment. Chaque figure de son « petit » monde revêt rapidement une universalité qui ne cesse de nous interroger. À l’instar de ce vieux voisin d’immeuble, qui veut régulièrement s’immoler par le feu, mais ne parvient jamais à craquer l’allumette fatale. Soixante-ans après la création de l’Etat d’Israël, Suleiman fait ainsi le bilan d’une cohabitation forcée, épuisante et ubuesque. Loin évidemment d’un cinéma à l’esbroufe, Suleiman multiplie les situations et les souvenirs qui lui permettront in fine de franchir et d’abolir en même temps un mur qui sépare, divise et pérennise. Entre-temps, il nous aura ému et fait sourire. C’est-à-dire qu’il nous aura fait partager sa part d’humanité. Faire émotion et faire sourire : on adhère à ce programme.Ah ! ça ira !La phrase du matin ? « À quoi rêverais-tu si l’onNe devait durer qu’un éclair »Aragon, « Le Voyage de Hollande »

Mots-clés :
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.