Un voyageur débarque à Tel Aviv et monte dans un taxi. Le chauffeur fume et conduit en silence, mais un orage l'oblige à s'arrêter. Il pleut des cordes, on ne voit plus rien . "Où suis-je ? Où suis-je ?" s'interroge-t-il . "Où suis-je ?", la question traverse "Le temps qu'il reste". Elia Suleiman, seul représentant du cinéma palestinien connu, pose la question par le cinéma de la réalité géopolitique et humaine au Moyen-Orient. Faut-il haïr ? Faut-il se battre contre ? Ou alors pardonner ? Suleiman, auteur de "Chronique d'une disparition" et d'"Intervention divine", ne se pose pas en spécialiste du conflit israélo-palestinien. Il le vit depuis sa naissance, c'est tout . Aussi observe-t-il son pays aujourd'hui en venant visiter sa mère malade, à Nazareth (la famille ne s'est jamais expatriée) et il évoque, dans un même mouvement, son histoire familiale . Elle remonte à 1948, l'année où les militaires israéliens assassinent son grand-père, résistant lors de l'assaut de Nazareth . Où suis-je, moi qui fais du cinéma, par rapport à la résistance de mon grand-père et même de mon père ? Puis-je et dois-je m'inscrire dans cette histoire ? Et comment ? Le cinéaste (acteur également) signe un film réaliste, politique et poétique . Il se montre en grand dadais burlesque, digne petit- fils de Buster Keaton et fils de Jacques Tati, des yeux à la Droopy . Au café, il retrouve des amis de jeunesse, mais ils n'ont rien à se dire . Il vit chez sa mère, malade, qui la nuit se réveille discrètement pour manger une glace, elle à qui le sucre est interdit . Pourquoi pas, vu le temps qu'il reste ... Dehors, le soir, les jeunes soldats israéliens en uniforme rappellent aux jeunes palestiniens que le couvre feu doit être respecté. Mais la musique électro isole les jeunes palestiniens. Alors, les soldats impuissants dans leur camion blindé bougent la tête sous leur casque, en rythme . A coups de petites scènes superbement photographiées, avec un sens du cadre et de la lumière époustoufflant, Suleiman filme l'absurde et pose inlassablement cette question : comment vivre ensemble et comment sortir de l'impasse ? Un cinéaste n'a que la fiction comme réponse. Elia Suleiman saisit une perche, s'élance et le voilà qui se joue des frontières, en franchissant le mur de la honte . "Le temps qu'il reste" a de la grâce, de l'humour et fait réfléchir . Bref, vous ne perdrez pas votre temps .

La famille Suleiman, avec dans le rôle du père, Saleh Bakri
La famille Suleiman, avec dans le rôle du père, Saleh Bakri © Radio France
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