Découvert par la Quinzaine des Réalisateurs l’an passé avec « J’ai tué ma mère », Xavier Dolan est de retour sur la Croisette mais cette fois dans la sélection « Un certain regard », soit l’avant-dernière marche avant la compétition ! A 21 ans, on peut difficilement faire mieux. Son deuxième film « LES AMOURS IMAGINAIRES » renouvelle incontestablement la figure balisée du trio amoureux. Francis (incarné par Dolan lui-même), l’homo, est le meilleur ami de l’hétéro Marie (Monia Chokri, impeccable de séduction faussement hautaine et vraiment maladroite), tous deux rencontrent et tombe amoureux d’un jeune homme débarqué de sa campagne natale. Une fille, deux garçons, trois possibilités comme dirait Luc Besson. Pas si simple, mais mieux vaut ne rien raconter de plus et surtout pas la fin qui donnerait le tournis au scénariste-cinéaste-producteur suscité. L’essentiel est qu’il s’ensuit quelques complexes variations autour de désirs qui parlent et

Xavier Dolan
Xavier Dolan © Radio France / REUTERS/Yves Herman

ne se répondent pas. Etrangement absent de tout engagement corporel (mais ce n’est pas faute de combattants volontaires), ce trio singulier pluriel s’enfonce dans une névrose qui ne dit pas son nom au fil de rendez-vous ratés ou provoqués, de paroles empêchées et de déclarations passionnées. A cette fiction croisée de personnages qui s’entrecroisent sans jamais se toucher ou presque s’ajoutent des fragments de discours amoureux filmés d’une façon quasi documentaire et qui donnent au film une sorte de distance ironique aussi calculée que malicieuse. Ce procédé nous permet d’en entendre des vertes et des pas mûres sur les jeunes amours naissantes ou non. Dans ces paroles vraies reconstituées, on entend et on attend en écho la suite de l’histoire de nos trois benêts. C’est une sorte de « déclin de l’empire adolescent » (j’avais oublié Dolan est canadien et je vous épargne le couplet convenu sur les beautés de la langue de Gilles Vignault and co. !), mais sans les prétentions politiques et lourdes d’Arcand. Si le cinéma consiste à saisir quelques instants magiques (comme le fait De Oliveira), il est indéniable que Dolan y parvient assez régulièrement comme ce talon aiguille pris dans les feuilles mortes d’un chemin boueux ou ce corps a corps amical d’une fille et d’un garçon qui ne veulent rien faire ensemble. Dolan manie donc avec aisance l’art du contrepoint et du contre- chant. Cette petite musique-là s’avère séduisante et talentueuse, piquant le spectateur au vif de ses désirs. Demain ? La routine : Mike Leigh, Woody Allen, Gregg Araki et quelques autres

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