En finir avec « Hors-la-loi » qui au fond ne mérite pas tant. Cesser de grogner quand on entend pour la énième fois que le cinéma français est resté muet sur la guerre d’Algérie, ce qui est faux. Perdre l’habitude de s’affliger quand le cinéma américain est montré en exemple à propos de la Guerre du Vietnam, alors qu’il a fallu attendre dix ans pour qu’Hollywood traite du conflit de manière critique. Se demander dans quel pays au monde on a fait l’équivalent du « Carlos » d’Assayas, portrait au vitriol d’un terroriste toujours en vie. Arrêter de vitupérer quand un cinéaste et un historien déclarent de concert que le fait colonial est à peine abordé dans l’enseignement secondaire, alors qu’on vient de voir sa fille de 13 ans apprendre en 4ème ce qu’était le commerce triangulaire. Ne pas faire de mauvais esprit quand le même cinéaste se réjouit de pouvoir débattre en public, alors même que la contradiction ne lui aura pas été réellement portée. Faire semblant de renoncer à tout ça. Faire le bel indifférent aux querelles du temps. Se plonger dans les photos de Raymond Depardon à travers le catalogue d’une exposition à venir à la Bibliothèque de France et d’un numéro Hors Série de Télérama. Se laver ainsi les yeux et la tête et l’esprit, alouette. Etre fasciné par le regard du photographe sur les paysages les plus quotidiens qui soient. Penser que cette façon d’arrêter le temps et de lutter contre la mort vaut bien toutes les vaines disputes sur un film qui dit si peu ou presque. Regretter immédiatement cette nouvelle petite pique parfaitement inutile. Revenir à l’essence même, à Depardon, à ce « Faire France » comme on dirait « faire face ». Interroger ces miroirs de nous et retrouver la même émotion qu’avec les paysans de Lozère de « La Vie moderne », même si cette fois seuls existent ou presque, d’abord les champs, les rues, les cafés, les routes, les maisons, les villages, les panneaux, les plages. Se laisser guider par cette cartographie intime et penser que, tiens, dans le dernier Houellebecq en cours de lecture, il est question de carte, de territoire et de Michelin. Oser l’improbable rencontre entre le photographe et le romancier, tous deux explorateurs de solitudes ultra-modernes et de désarrois. Dériver bien loin du point de départ algérien pour voguer vers de nouveaux territoires particuliers et universels. Regretter de ne pouvoir y associer un film nouveau qui ferait sens aux côtés des photos de l’un et des mots de l’autre. Prendre son parti de cette absence et l’espérer temporaire. Se dire qu’après tout des photos et un roman qui font à ce point naître l’émotion, c’est plus que suffisant. En conclure que le cinéma attendra et en même temps qu’on l’attend…

En finir avec « Hors-la-loi » qui au fond ne mérite pas tant. Cesser de grogner quand on entend pour la énième fois que le cinéma français est resté muet sur la guerre d’Algérie, ce qui est faux.

Mots-clés :
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.