Le dernier film du réalisateur de "Mademoiselle de Joncquières" passé au crible des critiques du Masque et la plume qui, pour une fois, sont presque d'accord à une exception près. Avec Sophie Avon (Sud- Ouest), Pierre Murat (Télérama), Xavier Leherpeur (7ème Obsession), Eric Neuhoff (Figaro) et Jérôme Garcin (L'Obs)

Détail de l'affiche de "Les choses qu'on dit les choses qu'on fait"
Détail de l'affiche de "Les choses qu'on dit les choses qu'on fait" © Un film d'Emmanuel Mouret avec Camélia Jordana et Niels Schneider

La présentation du film par Jérôme Garcin 

Les choses qu'on dit, les choses qu'on fait avec Camélia-Jordana, Niels Schneider, Vincent Macaigne (Y a-t-il un film français sans lui actuellement ? Non) Émilie Dequenne, et Louis-Do de Lencquesaing.

C'est donc l’histoire de Daphné (Camélia Jordana) enceinte de trois mois. Son compagnon François, joué par Vincent Macaigne, est le mari de Louise (Émilie Dequenne). François part travailler. Il laisse Daphné seule dans sa maison du Vaucluse, où débarque son cousin Maxime (Nils Schneider) aspirant écrivain qui sort d'une histoire d'amour compliquée. Pendant quatre jours, ils vont faire connaissance en se racontant leurs histoires d'amour respectives, avec beaucoup de flash back et de voix off. L'amour, toujours l'amour. 

Un film qui dure deux heures et une poignée de minutes. C’est presque le parangon du film français. On a le sentiment qu'aucun étranger ne pourrait le faire aujourd'hui dans sa forme, ses dialogues et son écriture.  

Eric Neuhoff : "Une marqueterie de dialogues de scène"

"C’est le cinéma de la délicatesse et de la légèreté. C'est aussi intelligent que Les contes moraux de Rohmer. C'est drôle comme les films de de Broca des débuts. C'est enlevé comme un Michel Deville dans sa bonne période. C'est une marqueterie de dialogues de scène. 

C'est un film à la fois très littéraire et très musical et pas seulement parce qu'on entend sans cesse Chopin ou Erik Satie. Il prouve que la parole, c'est l'action. 

Toutes ces histoires qui se « marabout-de-ficellisent » sont tellement riches que je retournerai le voir parce qu'il y a du romanesque comme s'il en pleuvait dans ce film. A un moment donné, un personnage dit. « Les histoires d'amour. J'adore ça. » et à l'image, on a exactement la définition de cette formule. 

Le réalisateur qui ne joue pas dans Les choses qu’on dit, les choses qu’on fait était devenu un peu gênant dans certains de ces films. Là, il a trouvé des acteurs parfaits. Vincent Macaigne n'a jamais été aussi bon, discret, avec une fêlure. Emmanuel Mouret sait filmer les maisons, les appartements, comme un Pascal Thomas.. Ce film est plein à craquer comme une semaine qui contiendrait 7 dimanches. »

Xavier Leherpeur : "Un très grand film"

"J'ai le même enthousiasme, mais peut être pas tout à fait pour les mêmes raisons. 

Il y a une ambition nouvelle très complémentaire du travail habituel d'Emmanuel Mouret. On a ici une double temporalité. Il y a le présent : cette rencontre inopinée. Vincent Macaigne n'a pas pu venir, Nils Schneider et Camelia Jordana se retrouvent alors qu’ils ne se connaissent pas. Elle lui propose d'habiter là quelque temps. Et puis, ils vont raconter leur histoire, c’est à la temporalité du passé. 

Les choses qu'on dit, des choses qu'on fait qui pourrait être un titre un peu moralisateur : ce conflit entre ce que l’on dit, et ce qu’on fait où il y a évidemment toujours une béance. Mais c'est aussi une manière d'illustrer le film. 

Les récits au présent sont dans le concret, dans l'objectivité du présent. Alors qu'il y a un léger décalage dans les récits au passé, entre ce qui est raconté et ce qui est filmé. Comme si la mémoire avait rectifié les choses, comme si on s'était donné un autre rôle un peu modifié par rapport à ce qui s'est réellement passé. Cela crée un décalage extrêmement intéressant. 

Si tout le film était au premier degré et dans l'illustration, ce ne serait pas intéressant. Mais ce décalage entre ce qu'il se passe maintenant, ce qu'il s'est passé avant et que l'on a revisité, et reconsidéré avec des choses qu'on n'a pas nécessairement vus - comme des mains qui se touchent, dans le secret des amours adultères qui sont en train de naître, les quiproquos, et les mensonges - apportent du romanesque.

C'est  un récit d'une grande richesse, d'une grande complémentarité qui débouche sur un film très épuré.

Cette structure donne lieu aussi à une possibilité de mise en scène. C’est très écrit. 

Emmanuel Mouret reste un cinéaste parisien du VIème arrondissement, mais je trouve qu’il y a une fraîcheur, une intelligence. Guillaume Gouix, est formidable. Un très grand film."

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Sophie Avon : "Un réservoir exceptionnel d'humanité et d'émotions"

"Cette fresque, son enchâssement et ses intrigues donnent une ampleur qu'on ne connaissait peut être pas chez Emmanuel Mouret. Il aurait pu se casser les dents. Vous avez cité Rohmer, et on pense également à Woody Allen. Il y a d’ailleurs une référence à Annie Hall, très explicite, et un hommage au plaisir qu'on dit charnel à travers un personnage.

C'est vraiment un film qui, en dépit de tous ces modèles auquel il rend hommage, reste fidèle au style d’Emmanuel Mouret. 

La fresque lui donne une ampleur supplémentaire, mais je retrouve l'univers de Mouret que j'aime. Même si les situations sont un peu extravagantes, même s’il use d’artifices, même s’il se défend de vouloir mimer la vie, on se retrouve face à un réservoir d'humanité et d'émotion exceptionnel. Une humanité due aux personnages d’une complexité formidable."

Pierre Murat : "Des dialogues trop littéraires"

"Il y a un personnage formidable interprété par Émilie Dequenne qui a en lui tout ce que vous aimez : le double jeu, ce secret. On croit qu'elle fait des choses. Elle en dit d'autres et elle justifie parfaitement le titre. Je n'en dis pas plus, sinon que c'est une excellente comédienne. On le sait depuis longtemps, mais elle ajoute quelque chose que les autres n'ont pas. 

J’ai deux problèmes avec Emmanuel Mouret. Pas tellement avec ce film, parce que c’est sans doute ce qu'il a fait de mieux. Mais ses dialogues sont trop littéraires. On pouvait détester Eric Rohmer et les dialogues de Ma nuit chez Maud ou de Pauline à la plage, parce qu’ils n’étaient pas forcément naturels. Mais ils coulaient de source. 

Là, je trouve qu'il sont littéraires au mauvais sens du terme, quand ils ne tournent pas au banal. Un des personnages dit "l'amour donne du plaisir. Mais le plaisir ne donne pas forcément de l'amour" ! Ah bon ? 

Le deuxième problème, pour moi, c'est la mise en scène de Mouret. C'est bien, c'est tendre, mais je ne me souviens jamais d'une scène, par exemple. À la fin, il y a une scène dans une gare. C'est romanesque. On pourrait penser à Jacques Demy. On pleure, mais il ne nous emmène pas vers une mise en scène qui fait que tous ses personnages, brusquement, nous embrasent."

ECOUTER | Le Masque et la plume avec Les choses qu'on dit, les choses qu'on fait

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