Rodrigo Sorogoyen signe avec "El Reino" un polar de 2h11 qui a reçu sept Goya et qui dénonce la corruption politique en Espagne. Et c'est Antonio de la Torre qui joue le rôle principal. Qu'ont pensé les critiques du "Masque & la Plume" de ce film espagnol à l'affiche alléchante ?

Antonio de la Torre dans "El Reino" de Rodrigo Sorogoyen - sortie le 17 avril 2019
Antonio de la Torre dans "El Reino" de Rodrigo Sorogoyen - sortie le 17 avril 2019 © Le Pacte

Le film résumé par Jérôme Garcin

Antonio de la Torre interprète Manuel Lopez-Vidal, député madrilène qui doit entrer à la direction de son parti sans cesser de jongler avec les dessous de table et les contrats véreux… Jusqu’au jour où il fait le vide autour de lui et est menacé d’être éliminé... 

Eric Neuhoff a beaucoup aimé

EN : C'est un film que j'aime beaucoup, qui prouve que la corruption est une vertu : si ça donne lieu à des films comme ça, il faut que tous les hommes politiques touchent des pots de vin…

Le film commence de façon étourdissante avec une scène de repas où il y a tous ces hommes politiques en train de manger des gambas avec les doigts, l'écran de télévision qui passe des interviews où ils disent du mal de leurs collègues, on ne comprend pas bien mais c'est un tourbillon. Ensuite le film se calme un peu et Manuel Lopez-Vidal est bien embêté parce qu'on découvre qu'on l'a enregistré en train de combiner quelque chose avec un homme d'affaire et à partir de là, tout dégringole dans sa vie : finies les virées en yachts, les Rolex offertes pour l'anniversaire, sa femme et sa fille sont obligées de quitter le pays pour se cacher, ses voisins de détournent de lui, dans son parti dont il rêvait plus ou moins de prendre la direction à Madrid c'est le paria complet. Il veut se venger parce qu'il ne veut pas tomber tout seul. Le film se transforme en thriller avec des scènes absolument inoubliables.

Rodrigo Sorogoyen est très très doué, déjà dans Que Dios Nos Perdone (2017), il avait réussi un portrait de serial killer qui violait des vieilles dames, et là, on a tout le tableau de la corruption, de la politique, avec un sens du récit et cet acteur prodigieux, Antonio de la Torre, le Piccoli espagnol qui est dans tous les films. 

C'est vraiment dommage qu'en France il n'y ait pas de corruption parce qu'on ne peut pas avoir de film comme ça !

Pierre Murat a été gêné

PM : C'est un thriller absolument magnifique. Bon, c'est totalement irréaliste mais on s'en fout.

Ce qui me gêne, c'est qu'on adhère dans la lutte de cet anti-héros pour démasquer encore plus pervers que soi. C'est très mode actuellement de dire que tous, tous, tous, nous sommes pourris. Quand Pakula faisait Les Hommes du président, bien sûr la politique américaine était pourrie, mais il y avait des journalistes qui pouvaient s'en sortir. Quand Billy Wilder attaquait les journalistes, ils étaient pourris mais pas tous. Là, c'est un film que Monsieur Mélenchon ou Madame Le Pen et leurs partis politiques pourraient recommander absolument, dans la mesure où ils diraient : "Vous voyez, c'est exactement ce que je dis, tout le monde est comme ça !". Personnellement, qu'on dénonce la corruption, oui, mais cette fascination devant la corruption généralisée, ça me gêne profondément

Danièle Heymann a beaucoup aimé

DH : C'est un film qui me plaît énormément.

L'acteur principal, Antonio de la Torre est formidable, la caméra ne le quitte pas. Cette petite silhouette nerveuse, cette démarche qui fuit, la façon dont il se raccroche à ce statut espéré, désiré, magnifié, la façon dont tout le monde trahit. 

C'est à la fois un suspens et un thriller. Ça dure 2h11, je n'ai pas vu le temps passer grâce à cet acteur. Ça n'arrête pas, il y a un espèce de mouvement admirable. Je trouve le film passionnant et cet acteur inouï.

Antonio de la Torre
Antonio de la Torre / Le Pacte

Jean-Marc Lalanne regrette la mise en scène trop répétitive

JML : C'est vraiment un film où il y a un acteur et un personnage ; pour moi il manque un peu de mise en scène quand même. 

Malgré tout, le film tient grâce à ce personnage et cette idée vraiment très belle qu'il n'accepte pas le réel. Il ne s'estime jamais battu, il est dans un déni tout le temps. C'est un personnage qui ressemble pas mal à ceux des séries contemporaines, on pense pas mal à House of Cards, mais je trouve qu'il n'est pas héroïsé comme méchant. Il est quand même un peu minable, il a quelque chose d'ordinaire.

Ce qui me gêne, c'est le côté très répétitif de la mise en scène, cette façon de doper les scènes en filmant des personnages de dos marchant très vite et en balançant de la musique techno. Je trouve que l'énergie du film est fabriquée par des ficelles un peu énormes, qui pour moi, gâchent un peu le plaisir que je prends à l'observation de ce personnage complexe et réussi.

Aller plus loin

Sortie en salles le 17 avril 2019

🎧 Écoutez l'ensemble des critiques échangées à propos de ce film sur le plateau du Masque et la Plume... 

8 min

"El Reino" de Rodrigo Sorogoyen : les critiques du "Masque & la Plume"

Chaque dimanche à 20h, retrouvez les critiques du Masque et la Plume, réunis autour de Jérôme Garcin pour parler cinéma, théâtre ou littérature.

À noter que d'autres critiques de films du Masque et la Plume sont à retrouver ici 

Image tirée du film "El Reino" de Rodrigo Sorogoyen
Image tirée du film "El Reino" de Rodrigo Sorogoyen / Le Pacte
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