Lu cette phrase de Jacques Audiard dans « Le Monde » en date du 31 juillet dernier : « Le cinéma sert à certifier le réel ». Comme en écho au film de Tarantino qui dirait presque exactement le contrairement : « Le cinéma sert à désavouer le réel ». Et pourtant Audiard n’est pas un documentariste au sens strict du terme. Son « Prophète » n’est pas un reportage sur la montée en puissance d’un caïd au sein d’une prison française. C’est un film de fiction. Et pourtant, oui, il certifie assurément le réel. A travers la fiction. Cette dernière n’est donc pas prise à témoin contre la vie, contre la réalité. Et le cinéma n’est pas pris en otage pour ne fabriquer que du faux, du sensationnel ou du fantasmatique. On voit bien en quoi la posture d’Audiard est stimulante parce que « dangereuse », intelligente parce que sur le fil, dérangeante parce que politiquement incorrecte. Le propos n’est pas d’opposer artificiellement le cinéma de l’un contre celui de l’autre. Mais la confrontation entre les ces deux tendances ne peut être que fertile. Il me semble que l’une, celle De Tarantino pour aller vite, finit par s’enfermer dans des chimères et des fantasmagories (tuer Hitler sur grand écran et refaire ainsi l’Histoire dans le « bon sens »). Tandis que l’autre prend acte des réalistés en les validant par le biais des histoires. C’est ainsi qu’Audiard appuie là où ça fait mal (les communautés, le clanisme, les Corses entre politisques et maffieux, la prison comme zone de non droit ou d’un autre droit, etc) et poétise le réel pour mieux nous le renvoyer en pleine figure. Avec « Inglorious Basterds » en revanche, Tarantino cherche la distance maximale avec la réalité n’y revanant in fine que pour inventer un événement propre à effacer le réel. L’un cherche à rendre la vie vivable grâce, entre autres, au cinéma. L’autre déclare la vie invivable ailleurs qu’au cinéma. L’un nous tend un manuel de survie. L’autre nous fait passer un doudou pour la nuit. Ces deux cinémas ne s’excluent pas, ils sont l’essence même du monde et plus précisément de notre rapport au monde. Nous pouvons aller d’un film à l’autre en décrétant leur profonde nécessité. Tout comme on peut assigner au cinéma une fonction et pas l’autre. C’est à chacun qu’il appartient de se faire son cinéma dans ces conditions. Choisir, ne pas choisir, telle est l’alternative. Dis-moi quels sont « les films de ta vie » (pour reprendre l’expression de Truffaut) et je te dirai non pas qui tu es mais où tu en es de ton rapport au monde et aux autres, ce que tu en attends. Se satisfaire ou ne pas se satisfaire, c’est peut-être la frontière. Autrement dit, accepter ou espérer.Ah ! ça ira !La phrase du jour ?« Ce que j’établis ici est peut-être le plus bel éloge qu’il soit possible de faire de la vertu, et, en effet, si elle n’était pas aussi belle, pleurerait-on ses infortunes ? »Sade

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