Parce qu’une fois n’est pas coutume, il sera ici question de fiction télévisée. Je vous ai déjà parlé de « Suite noire », une collection de huit polars diffusée cet été sur France 2. Les chiffres d’audience furent hélas décevants. Mais était-ce vraiment le bon moment pour montrer ces histoires d’une heure souvent violentes et toujours dérangeantes ? La chaîne publique aurait peut-être du attendre la rentrée pour nous faire découvrir ces huit univers décalés et singuliers. Pour mémoire, chaque film est l’adaptation d’un polar écrit par un auteur réputé (Chantal Pelletier, Marc Vilard, Jean-Bernard Pouy, Patrick Raynal, Didier Daeninckx, Jean-Louis Bocquet, que du bon quoi) et mis en images par un cinéaste non moins talentueux (Dominque Cabrera, Orso Miret, Laurent Bouhnik, Patrick Grandperret, Brigitte Roüan, que du bon quoi bis !). Et, comme des cerises sur le gâteau, un casting réjouissant puisqu' au film des films on croise Niels Arestrup et Julie-Marie Parmentier, Francis Renaud et Lubna Azabal, Gérard Meylan, Aïssa Maïga et Samir Gesmi, Antoine Chappey (que du etc). C’est la force principale de cette série : aucun « poste » artistique n’a été sacrifié au profit d’un autre comme c’est trop souvent le cas a contrario dans les fictions télévisées. Scénaristes, cinéastes, acteurs, à chaque fois, à chaque nom, la qualité est au rendez-vous.Et puis, le programme est tenu : pour du noir, c’est du noir. On ne lâche rien, même si c’est pour la télé ! Le glauque, le tragique, le pervers, le sordide, l’ambigu, l’ironique, le scandaleux, le social et l’ignoble (soit les éléments récurrents du polar à la française), aucun ne manque à l’appel. Rien à voir avec la vie d’un commissariat de quartier ou les soubresauts d’un cabinet d’avocats, on fait dans le brutal, le véridique et l’on s’y tient avec brio.La série initiale compatit huit titres, deux ont disparu pour cette sortie en DVD et c’est fort dommage. Mais en l‘état, ces six polars méritent le détour. Ils permetent de pulvériser les idées reçues sur la fiction télévisée française laquelle n’est pas condamnée à regarder passer les TGV américains dès lors qu’on lui en donne les moyens. Dès lors également qu’on cherche à cultiver face au géant impérial une véritable culture de la singularité. Le mérite de cette « Suite noire » réside là aussi : on ne cherche pas à singer les fictions télé venues d’ailleurs.C’est le 23 septembre prochain que ces petits bijoux noirs seront en vente sous le label France Télévisions distribution.Ah ! ça ira !La phrase de la mi-journée ?« Les dimanches ratés tournent leur robe grise au rythme languissant des valses de l’ennui. »Francis Blanche

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