"Les Éternels" ("Ash Is Purest White") est le douzième long métrage du chinois Jia Zhangke. Ce polar tendance mélo avait été encensé par les critiques du "Masque & la Plume" lors du festival de Cannes. Dix mois plus tard, il semble qu'ils aient nuancé leurs avis. Il n'en reste pas moins que c'est un très grand film !

Liao Fan et Zhao Tao dans "Les Éternels", le nouveau film de Jia Zhangke (en salles depuis le 27 février 2019)
Liao Fan et Zhao Tao dans "Les Éternels", le nouveau film de Jia Zhangke (en salles depuis le 27 février 2019) © 2018 Xstream Pictures (Beijing) - MK Productions - ARTE France Cinéma

Le résumé du film, par Jérôme Garcin

Le film commence en 2001, à Datong, dans le nord de la Chine, quand les mines ferment. Quiao, (Zhao Tao), dont le père travaillait à la mine, en pince pour Bin, le chef de la pègre locale (Fan Lio). Un soir, Bin est tabassé par une bande rivale. Elle lui sauve la vie en sortant un revolver, mais écope de cinq ans de taule. À sa sortie, elle découvre que Bin l’a remplacée et refait sa vie. Elle-même va régner sur un établissement de jeux. 

Un Scorsese asiatique, mais dans une Chine en mutation, gagnée par le libéralisme.

Michel Ciment est enthousiasmé par le film de Jia Zhangke

MC : Pour moi c'est le grand film de cette quinzaine et même plus que ça. C'est la huitième fois que Zhao Tao tourne avec son mari Jia Zhangke, elle est immense comme comédienne… Qu'un jury l'ait complètement ignorée à Cannes pour une actrice casaque qui ne faisait que souffrir sur l'écran pendant deux heures, c'est hallucinant d'aveuglement ! Enfin, ce n'était pas la seule absence de prix scandaleux… [(re)lire à ce sujet Les films qui auraient dû être palmés à Cannes selon les critiques du "Masque & la Plume")

Ce qui est très beau dans le film, comme dans tous les films de Jia Zhangke, c'est l'ampleur du récit : l'usure du temps (vingt ans) sur les gens. C'est également des paysages qu'il filme avec une formidable sensibilité

C'est toute l'histoire de la Chine qu'il nous raconte, et en même temps des histoires d'êtres humains, de cet amour entre ces deux êtres qui s'aiment, qui sont séparés, etc. C'est un film universel.

Sophie Avon y a vu un magnifique portrait de la Chine et d'une femme

SA : C'est très beau. 

Le film s'ouvre, me semble-t-il, plus lentement que les précédents films de Jia Zhangke : Still Life c'était un choc, Au-delà des montagnes et A Touch of Sin étaient des très grand films. Là, c'est un peu un film entre les deux. D'ailleurs c'est un film sur la pègre et sur la marge... Il est un peu en filigrane.

En même temps, il y a une scène qui se répète et qui est magnifique : quand ils sont près du volcan, où elle dit cette phrase qui a servi pour le titre original :

Rien n'est plus pur que la cendre d'un volcan.

Et c'est vrai qu'à la fin du film, tout à coup cette phrase devient la clef du film, elle donne une dimension au film qui est un magnifique portrait et de la Chine et de cette femme.

L'actrice chinoise Zhao Tao, magnifique dans "Les Eternels"
L'actrice chinoise Zhao Tao, magnifique dans "Les Eternels" / 2018 Xstream Pictures (Beijing) - MK Productions - ARTE France Cinéma

Pour Xavier Leherpeur, c'est "un grand film"… mais aussi une "une légère déception"

XL : Jia Zhangke est un immense metteur en scène ; Les Eternels est un grand film

Et pourtant, je suis un peu déçu. C'est le premier film de Jia Zhangke qui ne me surprend pas formellement, qui ne m'apporte pas quelque chose de nouveau à son cinéma.

Effectivement le film est impeccable, je recommande vraiment à tous les auditeurs d'aller se précipiter voir cette fresque émouvante, bouleversante, politique, esthétique. Jia Zhangke sait magnifiquement raconter cette histoire. Mais j'ai l'impression qu'il recycle un tout petit peu quelques unes de ses ficelles précédentes pour un film plus lisse, qui aurait à mon avis effectivement pu tout à fait être une Palme d'or ou un Grand prix du Jury à Cannes cette année, parce que le film est très réussi, mais qui n'a pas cette âpreté, cette originalité, cette audace formelle dont il est capable (et dont je sais qu'il sera encore capable).

Grand film mais une légère déception.

Image extraite de "Les Eternels" de Jia Zhangke
Image extraite de "Les Eternels" de Jia Zhangke / 2018 Xstream Pictures (Beijing) - MK Productions - ARTE France Cinéma

Pour Eric Neuhoff : "Tout est bien dans ce film"

EN : C'est très beau. Comme Jérôme l'a dit c'est du Scorsese, mais du Scorsese qui aurait croisé Henry James ou lu Proust, parce que c'est vraiment un film sur le temps qui passe, sur les sentiments qui s'effacent, sur quelqu'un qui aime une personne qui peut-être n'était pas son genre.

Cette fille est fabuleuse, avec cet amour qui dure, qui dure... Il y a un côté presque comme la fin de L'Education sentimentale de Flaubert… Elle voyagea, elle prit des trains, des bateaux… et dans le train elle rencontre un agent de voyage qui croit aux extra-terrestres et il y a une séquence magique ensuite où on voit une soucoupe volante dans la nuit. En bateau, elle longe toutes ces villes qui vont être englouties par les eaux d'un barrage qu'on va construire. Les sentiments c'est la même chose : ils vont être engloutis…

C'est un film très beau sur les amours ratés dont on sait bien qu'elles auraient pu réussir. 

C'est violent, c'est touchant, c'est très esthétique

Tout est bien dans ce film.

Zhao Tao et Liao Fan
Zhao Tao et Liao Fan / 2018 Xstream Pictures (Beijing) - MK Productions - ARTE France Cinéma

Aller plus loin

Sortie en salles le 27 février 2019

🎧 Écoutez l'ensemble des critiques échangées à propos de ce film sur le plateau du Masque et la Plume...

5 min

La critique de "Les Eternels" de Jia Zhang-Ke

Chaque dimanche à 20h, retrouvez les critiques du Masque et la Plumeréunis autour de Jérôme Garcin pour parler cinéma, théâtre ou littérature.

À noter que d'autres critiques de films du Masque et la Plume sont à retrouver ici !

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