Les cinéphiles et les critiques de cinéma adorent faire des listes des films qu’ils ont vus et aimés pour en faire ensuite des listes ordonnées ou non. C’est le cas notamment à la fin de chaque année. C’est le cas également dans des ouvrages : en son temps, Serge Daney avait ainsi commencé à donner par ordre alphabétique les « films de sa vie ». Tentation compréhensible au demeurant : on se constitue de cette façon une sorte de famille et de généalogie à l’intérieur des milliers de films vus. Et de cette première culture en découle une seconde : le penchant pour revoir ou faire découvrir des films déjà vus. « Mais, et les autres ? », me fait-on observer fort justement. Oui, au fait, les autres, tous ces films que nous n’avons pas vus à ce jour et qui de toute évidence ne sont ni des nanars ni des navets. Poser cette question revient à toucher un point sensible chez le critique. « Avouer » que tel film vous est, sinon inconnu, du moins « non vu », c’est capituler en rase campagne, ou presque. Quelle idiotie, en vérité ! Pourquoi ne pas reconnaître tout simplement ses « lacunes » ? Pourquoi ne pas au contraire accepter les plaisirs à venir ? Rien de plus excitant au fond que l’idée que vous n’avez pas encore vu un film que vous adorerez peut-être. Comme la promesse d’un nouvel amour. Une « terre étrangère », vaste et passionnante, à conquérir, quoi de mieux ? L’idéal alors serait peut-être alors de faire cette découverte à deux. Et passer ainsi de la culture, somme toute banale, du « on aime les mêmes films » à celle, ô combien excitante et stimulante, du « on a envie de découvrir les mêmes films d’hier ». J’en vois déjà qui lèvent la main pour réclamer du blogueur quelques titres de films du passé mais qui restent « à venir » pour lui. La liste est vertigineuse, qu’on se rassure ! Le premier qui me vient c’est « Farenheit 451 » de Truffaut puis « La Splendeur des Amberson » d’Orson Welles » puis la première version de « L’Homme qui en savait trop » d’’Hitchcock puis « La Gueule ouverte » de Maurice Pialat puis « Daddy nostalgie » de Tavernier. Stop ! Ah vraiment quel bonheur : je n’ai pas vu tous les films et décidément la chair n’est pas triste ! Que demander de plus ? Au fond, je m’aperçois que je ne suis pas trop « feng shui », moi. La recherche à tout prix de l’harmonie conduirait à abolir toute frustration de choses non vues, non lues, non goûtées, etc. De renoncer à elles par avance. Et c’est l’inverse qui me motive.La phrase du jour ?« Tu es pâle, tu es triste : on dirait un antialcoolique »César, alias Raimu, dans "Marius" écrit par Marcel Pagnol

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