Ils ont beaucoup fait parler d'eux pendant le festival de Cannes mais ils n’apparaissent pas au palmarès. Rien pour "Burning", rien pour "Le poirier sauvage", rien pour "Les Éternels"... "Erreur !" estiment les critiques du "Masque" - voici donc leur palmarès de cœur...

extraits des affiches de "Burning", "Le poirier sauvage" et "Leto"
extraits des affiches de "Burning", "Le poirier sauvage" et "Leto"

"Burning" de Lee Chang-dong

L'histoire : un gamin qui se rêve écrivain vit de petits boulots. Il va rencontrer une jeune femme avec qui il va rapidement faire l'amour avant qu'elle ne parte en Afrique - Afrique dont elle reviendra avec un très beau garçon, Ben, qui a toutes les richesses et les talents possibles... Un triangle amoureux va se créer.

Michel Ciment : "Je trouve ce palmarès très décevant par rapport à ce qu'il écarte. Le Lee Chang-dong, Burning, est le film qui a eu dans toute l’histoire de Screen International le maximum (il est arrivé à une moyenne de 3,8/4) : tous les critiques internationaux ont unanimement dit que c'était un film exceptionnel. Ce film est absent du palmarès... or c'était un véritable évènement, un film immense !"

Xavier Leherpeur : "C'est magnifique. La mise en scène révèle mais n'impose pas ; elle est constamment là au contraire pour apporter de l’ambiguïté, du mystère. C'est un grand film qui se réinvente sans cesse et qui nous éblouit jusqu'à la dernière image".

Pierre Murat : "C'est un scandale que Burning ne soit pas au palmarès (et haut dans le palmarès) ! Lee Chang-dong est l'un des plus grands cinéastes vivants ; le jury a été aveugle".

"Leto" (l'été) de Kirill Serebrennikov

Eric Neuhoff : "Un Jules et Jim dans les milieux musicaux de Leningrad à la fin de l'ère Brejnev. Un film superbe".

"Le Poirier sauvage" de Nuri Bilge Ceylan

C'est l'histoire d'un fils qui veut devenir écrivain, par rapport à son père instituteur qui gaspille tout l'argent de la famille car c'est un joueur invétéré.

Pour Michel Ciment, Le Poirier sauvage est un film immense. "C'est tchekovien, chaque personnage est complexe, il n'y a aucun manichéisme. Les personnages sont formidables. Il y a des confrontations aussi saisissantes que dans Winter Sleep, par exemple avec l'écrivain local que vient visiter le personnage principal : une conversation de 15 minutes absolument magnifique. Les paysages sont filmés de façon sublime. C'est un film très politique...

"Ash Is Purest White" ("Les Éternels") de Jia Zhang-ke

"Une fresque romanesque extrêmement réussie" selon Pierre Murat.

Extrait :

À Cannes, les critiques ont aussi trouvé des pépites cinématographiques…

  • Girl de Lukas Dhont

Le film a reçu la Caméra d'or et Eric Neuhoff le recommande et pourtant, ce n'était pas gagné... "Aller voir un film où un jeune adolescent de 16 ans veut devenir une femme et être danseuse étoile, ce n'est pas mon genre - pourtant, j'ai adoré le film ! J'ai trouvé que c'était (pour un premier film en plus !) d'une subtilité, d'une force, d'une compréhension, très bien filmé aussi... Un truc étonnant".

Extrait :

  • Border d'Ali Abbasi 

Le film a eu le grand prix de la catégorie "Un certain regard" à Cannes ; c'est aussi un coup de cœur de Michel Ciment

"C'est un film fantastique d'un iranien qui vit en Suède depuis l'âge de 18 ans, Ali Abbasi. Une femme très animale, avec un odorat très développé qui contrôle les passagers dans les aéroports (drogues etc) et qui va aller vers l'animalité. Elle rencontre un homme...  C'est un film assez terrifiant, surtout la première partie qui est tout en suggestion, très étonnante".

  • Amine de Philippe Faucon

C'est le choix de Xavier Leherpeur. 

Philippe Faucon continue de tracer le même sillon tout en se réinventant. C'est le portrait d'un immigré entre la France et sa terre natale, le portrait d'une femme qu'il aime ici, d'une femme qu'il aime là-bas. Le film est d'une grande délicatesse et d'une grande force d'écriture et de mise en scène. Le film m'a vraiment bouleversé" 

Extrait :

  • Wild Life de Paul Dano 

Présenté en ouverture de la Semaine de la critique, c'est aussi la pépite trouvée par Eric Neuhoff.

La première réalisation de l'acteur américain Paul Dano, tiré du récit de Richard Ford, Une saison ardente, sur sa mère. Carey Mulligan y fait une composition extraordinaire. Rarement on a vu un film aussi juste sur l'adolescence, sur ce que c'est que d'avoir une mère qui embrasse un autre homme… Tout cela filmé dans une lumière à la Hopper. Une très belle révélation. 

  • Un grand voyage vers la nuit de Bi Gan 

C'est la pépite de Pierre Murat. 

C'est le deuxième film d'un cinéaste chinois de 27 ans, Bi Gan. L'histoire d'un type qui revient dans sa ville à la recherche d'une femme aimée autrefois, peut-être rêvée. L'auteur préféré du réalisateur est français : Patrick Modiano et on retrouve cette quête de souvenirs... Au bout d'une heure de film, il nous fait le culot de faire un plan séquence de 60 minutes : ça pourrait passer pour de la préciosité, mais non, ça plonge le film dans une atmosphère fantastique.  

Extrait :

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Chaque dimanche à 20h, retrouvez les critiques du Masque et la Plume réunis autour de Jérôme Garcin pour parler cinéma, théâtre ou littérature.

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