"Les frères Sisters" est le premier film que Jacques Audiard tourne en anglais, sur un scénario adapté, avecThomas Bidegain, d'un livre de Patrick DeWitt. Malgré un casting haut de gamme, Joaquin Phoenix, John C. Reilly, Jake Gylenhaal et Riz Ahmed, le film n'a aucune nomination dans les catégories acteurs.

Joaquin Phoenix et John C. Reilly
Joaquin Phoenix et John C. Reilly © UGC Distribution

Charlie et Eli Sisters n'éprouvent aucun état d'âme à tuer. C'est leur métier. Charlie, le cadet (Joaquin Phoenix), est né pour ça. Eli (John C Reilly), lui, rêve d'une vie normale. Ils sont engagés par le Commodore pour rechercher et tuer un homme. Un chercheur d'or (Riz Ahmed) qui aurait découvert une substance qui révèle la présence d'or dans l'eau. Il est suivi et espionné par un détective (Jake Gyllenhaal). De l'Oregon à la Californie, quatre hommes sur la route, reliés par un savant montage.

Les neufs nominations aux César

  • Adaptation 
  • Musique Originale (Alexandre Desplat)
  • Son
  • Photo
  • Montage
  • Costumes
  • Décors
  • Réalisation
  • Film

Jacques Audiard a déjà une jolie collection de César : Première oeuvre, Scénario (3), réalisation (2) et film (2) et il a obtenu le Lion d'Argent de la mise en scène pour Les Frères Sisters au dernier festival de Venise.

Les critiques du "Masque & la Plume"

Critiques partagés, avis mitigés. Le Masque nous la joue à la normande : on a aimé/pas aimé, mais...

Jean-Marc Lalanne est perplexe. S'il salue le travail du chef opérateur et la beauté plastique du film, il n'est pas convaincu par la mise en scène.

Je n’arrive pas à comprendre où veut aller le film

Michel Ciment est stupéfait. Il a aimé le côté picaresque des Frères Sisters, mais trouve étonnant _"_qu’un Français avec une équipe française, une monteuse française, un chef-op, un musicien français fassent un film aussi profondément américain tout en étant aussi différent des westerns habituels."

Danièle Heymann est touchée. Elle a retrouvé dans le film les grandes thématiques chères au réalisateur :  les pères, les fils, la fraternité…

C’est quand même une prouesse formidable

Nicolas Schaller est rassuré. Ce dernier trouvait qu'avec ses deux dernier film, Jacques Audiard était arrivé aux limites de son cinéma : "C'est un vrai beau western, une vraie fable picaresque. Je retrouve la tonalité du western un peu mélancolique, ces ballades des westerns des années 1970…"

8 min

"Les Frères Sisters" de Jacques Audiard - Les critiques du Masque et la Plume

Thanks to Alison Dickey

Tout part d'elle. Alison Dickey est la femme de John C. Reilly. Mais elle est surtout productrice, cinéphile et fan de Jacques Audiard dont elle connait bien le travail. Lorsqu'elle lit le roman de Patrick DeWitt, elle a un coup de cœur et en achète les droits. Puis elle décide d'en proposer la réalisation à Jacques Audiard.

La rencontre a lieu à Toronto. "C'était comme l'un de ces sommets diplomatiques pendant la guerre froide, se souvient JC Reilly. La délégation française et la délégation américaine qui se rencontrent au Canada. Et nous avons proposé de "faire affaire", comme des mafieux, à partir du roman. Jacques semblait un peu sur ses gardes. Il faut se méfier des étrangers qui débarquent avec des cadeaux. Mais après avoir lu le roman, il est devenu très fan de cette histoire. On s'est mis à chercher les moyens d'en faire un film"

Un travail à quatre mains

"Il y a plusieurs temps dans l'adaptation" explique Thomas Bidegain. "Un premier temps où on va adapter le bouquin, puis un temps ou on va adapter le scénario qu'on avait tiré du bouquin. Donc petit à petit, on va quand même s'en détacher, mais ça reste une source, même pendant le tournage."

Le livre de DeWitt, c'est un peu comme un frigo, un truc dans lequel on peut aller chercher des choses

"Dans les étapes importantes du scénario", enchaîne Jacques Audiard, "il doit y en avoir deux ou trois, mais disons que la plus importante vient en dernier, c'est celle où on s'est totalement détachés de la construction. Où là, tout à coup, deux véritables protagonistes apparaissent et il y a une dynamique qui envahit l'histoire, qu'il n'y avait pas dans les versions précédentes."

"Notre collaboration aboutit quand même à une chose", conclut le réalisateur : "à un moment donné, on ne sait plus qui a écrit quoi, mais en revanche à l'arrivée, c'est un scénario."

Quant à l'auteur, Patrick DeWitt, il a vu le film. "La première fois, il est tombé de son siège" raconte Thomas Bidegain "et il a dit :

C'est comme si j'avais écrit du tango et que les gars dansait la salsa, sur les mêmes notes.

Puis il l'a revu, en se "dégageant" du roman et il en dit beaucoup de bien

Riz Ahmed et Jake Gyllenhaal
Riz Ahmed et Jake Gyllenhaal / UGC Distribution

Les acteurs américains

"Ils travaillent différemment" reconnait le réalisateur. "Le cinéma fait partie de la culture américaine. Le cinéma naît dans la culture américaine, donc ils ont cette culture-là. Acteur de cinéma, c'est un métier qui est distinct de comédien. Ils ont développé un savoir de l'image, un savoir de la caméra, un savoir du rythme, du phrasé… donc ils arrivent avec ça.

Ce sont des gens qui travaillent beaucoup. Quand vous allez les avoir deux semaines sur votre tournage, ils auront travaillé énormément en amont et quand ils arrivent, c'est énormément présent".

Chacun m'a fait une ou des propositions et après moi, j'ai l'impression d'être à Intermarché. C'est un gros problème de riche !

"Ils sont tous passionnants. J'ai adoré travailler avec Jake Gyllenhaal. Mais ils sont tous très différents. Alors que John C est propriétaire de sa composition, Joaquin fait partie de ces acteurs qui ne jouent pas un personnage mais qui jouent avec le personnage". 

Joaquin est toujours reconnaissable. Il peut se mettre un tutu de romain, c'est toujours Joaquin Phoenix

"Sauf qu'à un moment, il s'engouffre dans le personnage et il va ressortir du personnage. À regarder, c'est fascinant. Depardieu est comme ça".

Le western

Quoi que l'on en pense, il fallait quand même oser se coltiner au western. A ce sujet, Jacques Audiard à des répliques toutes prêtes

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Western ou pas ? Jacques Audiard répond

Par France Inter

"On pensait que c'était la première fois que l'on allait écrire un western", souligne Thomas Bidegain, "et puis finalement c'est peut-être pas tant un western que ça".

En revanche, c'est la première fois qu'on a écrit une comédie

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