Quoi de neuf ? Resnais ! L’âge du capitaine ne saurait être un critère, ni dans un sens (la jeunesse) ni dans un autre (la vieillesse). Pas plus que celui d’Oliveira, le cinéma d’Alain Resnais n’est admirable en raison des ans qui ont passé sur ses tempes. Qu’importe au fond si l’ancien Resnais est paradoxalement plus loufoque que le jeune Salinger de « La Grande vie » ? Folles, les herbes de Resnais le sont indiscutablement. Folle comme l’histoire histoire de sac volé qui sert de point de départ et d’alibi à cette nouvelle aventure cinématographique. Resnais n’est décidément pas là où on l’attend. Plus précisément, il mélange l’ancien et le nouveau avec une habileté diabolique. Ici, au rayon du déjà vu (mais qu’il est toujours plaisant de retrouver comme un doudou adoré), on pourra citer le tandem Azéma / Dussolier du côté des acteurs et l’emploi scénaristique des saynettes à la « Smoking/No Smoking » du côté de la construction du film. En face, dans le rayon des nouveautés 2009, on s’attardera avec bonheur sur le recrutement d’Emmanuelle Devos et de Mathieu Amalric, impeccables tous deux (ah ! le beau pléonasme !) et sur le recours à une voix off incarnée malicieusement par Edouard Baer, grâce à laquelle Resnais pointe directement le bout de son nez de narrateur-démiurge. Un coup, je flatte dans le sens du poil, un coup, je remonte à rebrousse-poil : le spectateur n’est pas dans l’inconfort mais dans le plaisir de la surprise. A l’intérieur même du film, il peut légitimement se sentir malmené par le recours à des incrustations dignes des télénovellas et autres « Feux de l’amour ». Resnais teste ainsi notre résistance aux conventions et autres langages codés propres aux histoires audiovisuelles. Et puis, quand on croit être en terre purement loufoque, légère et presque insignifiante, le cinéaste se charge de lester notre barque d’une petite touche de gravité qui fait ensuite son chemin. Tout l’art de Resnais est dans cet entre-deux permanent, va-et-vient revendiqué entre l’esprit de sérieux et l’esprit de spectacle. On peut comprendre alors les réticences de certains à se faire ainsi « avoir » en permanence par le cinéaste-lutin. Jusqu’à l’image finale, petit bijou d’absurdité absolue et dérisoire. Jusqu’au bout donc le refus de choisir, jusqu’au bout la liberté laissée au spectateur, jusqu’au bout la dérision érigée en réflexion. Il est injuste de dissocier les moyens que Resnais met en œuvre pour parvenir à ce résultat bouleversant au sens littéral du terme. Mais, oui, on retrouve ici l’extrême fluidité travaillée qui faisait le brio de « Cœurs ». Même plaisir de la narration et même plaisir d’une caméra définitivement élégante.Alors quoi, l’âge du capitaine ? On s’en fiche bien ! Ce que prouve Resnais, c’est la vitalité du cinéma en général et de son cinéma en particulier. On nous dit qu’il est déjà en train de préparer le prochain. On nous l’annonce comme si’il s’agissait d’une renaissance. Bref, une fois de plus on joue émerveillé avec la Carte Vermeil. Détestable ostracisme. La nouvelle selon laquelle un cinéaste prépare son prochain film ne saurait susciter l’étonnement ému. Tout au plus le désir d’abolir le temps pour en arriver demain à la projection dudit nouveau film. En attendant, il faut aller voir « Les Herbes folles » dès sa sortie, soit ce mercredi !Ah ! ça ira !La phrase de la nuit ?« Mais si l’on veut les séparerLe coudrier meurt promptement,Le chèvrefeuille mêmement.Belle amie, ainsi est de nous :Ni vous sans moi ni moi sans vous. »Marie de France, « Lais »

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