Faut-il aller voir le dernier Tarantino ?… Ou rester chez soi et revoir ses films antérieurs ou jouer aux dés dans un saloon (par exemple) ?

A lire les critiques, le débat semble tranché en faveur de la seconde hypothèse puisque les positions négatives l’emportent assez largement avec des positions a priori convaincantes. Tandis que les défenseurs sont moins nombreux - ce qui me donne plutôt l’envie d’y aller. Le problème est que leurs arguments ne soulèvent pas l’enthousiasme. On sent qu’ils aiment “bien que” et non pas “parce que”.

Au lieu d’éplucher les raisons des uns et des autres, Thomas Clerc propose dans le Nouveau Rendez-vous de Laurent Goumarre un listing des raisons qui feraient pencher la balance pour ou contre un visionnage de The Hateful Eight .

Samuel L. Jackson dans "Les Huit Salopards"
Samuel L. Jackson dans "Les Huit Salopards" © SND

POUR - Un bon délai depuis le dernier film

Ça fait trois ans que le dernier Tarantino est sorti, c’est un bon délai, ni trop long (comme chez Terrence Malick) - ni trop court (comme chez Terrence Malick). Et comme Django Unchained était très bon, on a envie de remettre le couvert.

CONTRE - Pourquoi refaire un western ?

Django était la confirmation que Tarantino savait parodier n’importe quel genre, alors pourquoi refaire un western ? Il y a beaucoup de genres que Tarantino n’a pas encore abordés : la science-fiction, la comédie musicale, le film d’épouvante, le film agricole, le film porno… Et comme on sait qu’il a décidé de ne plus tourner après son 10e film, on peut déplorer d’avance que ce grand amateur de films de genre ne fera sans doute ni un film porno ni un film d’épouvante ni une comédie musicale.

POUR - Le teaser

… Argument qui porte sur la décision d’arrêter prochainement (enfin, dans deux films, si vous avez suivi). Si Tarantino est fidèle à sa promesse, on peut supposer qu’il va mettre le paquet dans son dernier brelan comme un joueur de poker et remuer la marmite pour sortir chef d’oeuvre sur chef d’oeuvre. Cette décision vaut alors comme une sorte d’engagement, un pacte de qualité, un geste conceptuel assez fort puisque rare sont les artistes qui décident d’arrêter de produire - Rossini chez les musiciens, Rimbaud chez les poètes. Plus rare encore sont ceux qui programment cette interruption volontaire de grossesse.

CONTRE - Le teaser

Sur ce geste on peut finalement s’interroger négativement car le problème avec Taratino, c’est qu’il n’est pas fiable, il n’est pas sérieux, comme son cinéma post-moderne ludique. Il est fort possible que cette décision d’arrêter soit simplement un effet d’annonce au lieu d’être un geste authentiquement performatif qui cadrerait bien avec son côté un peu fake, effet de manche, finaud et "Taratantini".

POUR - L'argument cinéphile

C'est une affiche très alléchante avec une galerie de personnages, une double référence à des films antérieurs de qualité : les Sept Mercenaires de John Sturges (1960), lui-même une reprise des Sept Samouraïs de Kurosawa (1954).

CONTRE - L'argument cinéphile

L’argument cinéphile est évidemment réversible. Toutes ces références cinéphiliques, est-ce que ça ne masque pas une certaine indigence du propos ?

POUR - Le casting

Peut-être qu’on peut se rattraper sur le casting ? Kurt Russel, la vedette de New York 1997 (1981), on ne l’avait pas vu depuis cette époque là d’ailleurs. Ou bien Jennifer Jason Leigh, la seule femme du film.

CONTRE - Le casting

Oui mais il y a aussi beaucoup d’outsider complètement ininedifiables ? Ne me faites pas croire que vous connaissez qui est Bruce Dern

Bref, sur 8 raisons, 4 bonnes, 4 mauvaises. On est bien avancé avec cette chronique !

Alors : n’allez pas voir "Les Huit Salopards", mais allez voir "Les Huit Salopards". Et puis débrouillez vous sans moi !

Et aussi :

►►► L'avis du Masque et la Plume sur Les Huit Salopards

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.