Jean-François Zygel improvise en direct sur les images du film Les Misérablesd’Henri Fescourt , la plus fidèle des adaptations cinématographiques du roman de Victor Hugo . Une magnifique restauration qui retrouve toute la richesse des techniques de couleurs utilisées en 1925 sur la scène du Théâtre du Châtelet.

Longtemps les films muets ont été présentés sans musique, au nom d’une « pureté » supposée de l’image noir et blanc, nécessairement mise à mal par toute présence musicale… Cette conception était pourtant historiquement contestable, les films muets n’ayant jamais été projetés en silence. Les acteurs du muet n’avaient pas d’autre part ces gestes saccadés d’un burlesque involontaire, les vitesses de défilement de l’époque étant inférieures aux actuelles vingt-quatre images par seconde… d’où l’inévitable ragtime de service au piano, que le grand public associe encore aujourd’hui au cinéma muet ! Par ailleurs, loin du pur noir et blanc, un grand nombre de ces films étaient teintés : selon les séquences, le vert, le sépia ou le bleu pâle envahissaient l’écran pour définir l’atmosphère de la scène. Enfin, l’image projetée avait un format sensiblement différent des standards modernes. La majorité des projections actuelles ne sont malheureusement pas toujours fidèles à ces conditions de projection…Pourquoi mettre en musique aujourd’hui le cinéma muet ? Parce que le cinéma muet ne constitue pas les prémices, les balbutiements du septième art, mais bel et bien un art à part entière, plus abstrait, plus onirique, plus poétique que l’essentiel de la production actuelle. Le noir et blanc, l’absence de parole empêchent en effet l’écriture filmique de figurer une réalité trop prégnante, laissant les réalisateurs libres d’imaginer une symphonie visuelle à laquelle ne manque, pour être vraiment révélée que le contrepoint d’une symphonie musicale.C’est que la musique a la grâce d’éclairer l’image de l’intérieur, de rendre l’héroïne éplorée plus émouvante, le mari jaloux plus furieux, la guerre plus terrible, le faux pas plus ridicule. Il n’existe aucune règle pré-établie, aucun principe sacré dans cet art improbable, le point de contact entre le monde du sonore et celui de l’image restant pour toujours énigmatique. Regarder, imaginer, essayer, choisir, regretter, tels sont les seuls moyens dont le musicien dispose pour tenter d’accorder logique cinématographique et logique musicale.

Jean-François Zygel

Les Misérable et Jean-François Zygel
Les Misérable et Jean-François Zygel © Théâtre du Châtelet
  • 1ère époque – 1h46 – Prologue et Fantine

Libéré du bagne, après 19 ans de rétention pour avoir volé du pain, Jean Valjean est alors âgé de quarante-six ans et porte toute la rancœur du monde en lui. La seule personne qui lui ouvre sa porte et lui offre l'hospitalité pour la nuit est l'évêque de Digne, Monseigneur Myriel, auquel il dérobe cependant son argenterie avant de s'enfuir au lever du jour. Appréhendé par les gendarmes, Valjean est innocenté par l'évêque qui affirme lui avoir fait don de cette argenterie, notamment de deux chandeliers qu'il aurait oublié d'emporter. Cet extraordinaire dévouement bouleverse tellement Valjean que, plongé dans une profonde réflexion et assis dans un chemin de campagne, il s'empare par mégarde d'une pièce de quarante sous qu'un petit ramoneur a laissé tomber. Cet incident amène la police à ficher Valjean comme récidiviste en rupture de ban. Ce sera son dernier méfait envers la société, car la magnanimité de l'évêque le conduit désormais à se dévouer à son prochain.

Les Misérables
Les Misérables © Société des Cinéromans Les Films de France (catalogue Pathé)

Plusieurs années après, sous le nom de Monsieur Madeleine, il fonde une fabrique de verroterie qui relance l'économie de Montreuil-sur-Mer. Il y instaure des aides caritatives et recueille Fantine, une pauvre mère séduite et abandonnée, sans travail et malade. A son chevet, Jean Valjean lui promet de retrouver sa fille Cosette et de veiller sur elle.

  • 2e époque - 1h32 - Cosette

Etabli dans le Pas-de-Calais sous le nom de M. Madeleine, Jean Valjean s’enrichit honnêtement. Mais le commissaire Javert, homme d'éthique et de principes, soupçonne la double identité de l’homme et ne cesse de le traquer. Pour innocenter un indigent, que le policier Javert accuse d'être Jean Valjean, ce dernier révèle son identité en plein tribunal. Jean Valjean est renvoyé au bagne mais arrive à s’en échapper. Sa cavale l’amène par hasard chez les Thénardier. Il y reconnait Cosette, la fille de Fantine, que celle-ci avait naïvement confiée au terrible couple de malfrats. Jean Valjean poursuit sa fuite, arrachant la petite Cosette des griffes des aubergistes. Une nouvelle vie commence pour Cosette et Jean Valjean.

  • 3e époque - 1h34 - Marius

A Paris, dans les jardins du Luxembourg, l’étudiant Marius Pontmercy tombe sous le charme de Cosette, devenue une charmante jeune fille. En rupture avec sa riche famille, Marius vit misérablement dans la masure Garbeau, à côté des Thénardier. Le jeune homme cherche désespérément à retrouver Cosette et découvre que celle-ci habite avec Jean Valjean, rue Plumet, portant désormais le nom de Fauchelevent. Les deux jeunes gens s’aiment mais, repéré par Javert, Jean Valjean et Cosette sont obligés de déménager. Marius est anéanti quand il apprend que Cosette va quitter la rue Plumet. Comment va-t-il faire pour la revoir ?

  • 4e époque – 1h23 - L’Epopée rue Saint-Denis

Durant les émeutes de Paris, l’effervescence est grande parmi les insurgés. Jean Valjean, intervenant au milieu de l’agitation, sauve la vie de Marius et même celle de Javert, pourtant toujours à sa poursuite. En retour, Le commissaire laisse partir Jean Valjean. Pensant avoir failli à son honneur de policier, il se jette dans la Seine. Marius guérit de ses blessures, se réconcilie avec son riche grand-père et va finalement épouser Cosette avec le consentement de ce dernier. Jean Valjean n’assiste pas au mariage, remué par les souvenirs et son passé tumultueux. Il bénit l’union des deux jeunes gens et peut mourir en paix.

Distribution

Réalisation Henri Fescourt 1925, France, 359 min Noir & blanc teinté Numérique DCP, muetAvec Gabriel Gabrio, Sandra Milowanoff, Jean Toulout, Georges Saillard, Renée Carl, Paul Jorge, François Rozet et Charles Badiole Accompagnement musical Jean-François Zygel (piano)Scénario Henri Fescourt d'après le roman de Victor Hugo Photographie Raoul Aubourdier, Léon Donnot, Georges Lafont, Karémine Mérobian Décors Mme Paul Castiaux Georges Quenu Montage Jean-Louis Bouquet Société de productionFilms de France (Sté des Cinéromans )Société de distribution Pathé Consortium Cinéma

Les Misérable d'Henri Fescourt
Les Misérable d'Henri Fescourt © Société des Cinéromans Les Films de France (catalogue Pathé)
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