Le cinéaste britannique, auteur de l'Oscarisé "Discours d'un Roi", a de vrais partis pris esthétiques.

Il emprunte à Hugo, à ses dessins, ses encres noires, du coup, son trait est sombre, le gris l’emporte. Mais comme le budget est hollywoodien, 61 millions de dollars, Tom Hooper, c’est vrai, abuse des effets et du numérique.

Sa folie des grandeurs, celle qui consiste à reconstituer le Paris révolutionnaire des années 1830, les barricades ou le port de Montreuil sur mer, quand les filles se donnent, la nuit, a tendance à lasser. Le mélodrame est surligné, l'émotion se dilue.

Mais quel directeur d’acteurs!

Hugh Jackman
Hugh Jackman © Radio France

On admire pendant deux heures et demie le talent de comédiens capables de chanter avec une émotion rare.

Tom Hooper qui adapte pour le cinéma et pour la première fois la comédie musicale créée par le français Claude-Michel Shoenberg a obtenu de ses acteurs qu’il chantent en direct pendant le tournage, pas en playback, et quand Fantine, qui a vendu ses cheveux, ses dents et son corps pour nourrir sa fille Cosette, quand Fantine se met à chanter, avec ce petit vent glacial du nord, qui souffle sur son visage défait, on verse une larme…

Anne Hathaway (qui jouait Cat woman dans le dernier épisode de Batman, "The Dark Knight Rises", de C Nolan) est en lice, avec Fantine, pour les Oscars. Elle a obtenu le Golden Globe du second rôle, à Los angeles. Hugh Jackman, stard de "X men", a aussi obtenu la récompense de la presse étrangère. Il est éblouissant, contrairement à Russel Crow, inexpressif et mauvais chanteur.

Hugh Jackman en impose : chanteur exceptionnel, il incarne Jean Valjean avec la force physique qu’on lui connaît mais avec, aussi, une finesse psychologique étonnante. C’est un Valjean presque schyzophrène qu’il compose, soucieux de faire le bien et un peu masochiste avec le méchant Javert, lui laissant toujours des indices de sa présence.

« Qui suis-je », « Who am I», chante-t-il régulièrement…

Tom Hooper traque la vérité des personnages en usant de gros plans impressionnants sur leurs visages en larmes, un peu trop, là aussi, c’est dommage, car il aurait suffi d’un ou deux gros plans alternant avec la puissance des scènes chorales, barricades, ou des scènes de pure aventure, Valjean sauvant Marius en l’entrainant dans les égouts. Il sait en revanche avec les Thénardier, Sacha Baron Cohen en tête, s’amuser avec le genre du cabaret.

Le film, fougueux, ambitieux, qui ne lésine pas sur les effets comme sur les larmes peut lasser, mais il vaut pour le grand respect de la comédie musicale de Claude-Michel Schoenberg.

Il faut simplement accepter que nous ne sommes pas en train de tourner les pages du roman de Hugo, mais d’assister à un grand spectacle musical, une fresque en chansons.

Anne Hathaway
Anne Hathaway © Radio France
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