A l'origine, il y a un un roman populaire portugais écrit en 1854 par Camilo Castelo Branco et qui s'inspire des "Mystères de Paris" d'Eugène Sue. Maintenant, il y a un film fleuve de Raoul Ruiz. Pourquoi fleuve au fait ? Un film, c'est tout. Un film qui prend le temps de raconter une histoire parce qu'elle le vaut bien et surtout parce que nous adorons que l'on nous raconte des histoires. Alors, le temps n'a plus d'importance. Voilà pourquoi Guillaume Canet nous assome et Raoul Ruiz nous enchante : l'un ne nous raconte rien contrairement à ce qu'il croit, l'autre nous raconte tout exactement comme il l'entend. Et d'abord avec une grâce infinie. S'il fallait trouver une différence de taille avec la littératue dont le film de Ruiz est issu, ce serait bien cette grâce-là. Eugène Sue était un bon raconteur et un mauvais écrivain. Ruiz raconte aussi bien qu'il écrit. Il existe dans son art de filmer une fluidité narrative sidérante. Sa caméra est le mouvement délié par excellence. Elle n'accompagne pas le récit, elle le précède. Les mots coulent de source dans ce que racontent les personnages, mais les mouvements de caméra ont déjà fluidifié le récit. Tout se trouve alors en état d'apesanteur. Ruiz peut bien nous raconter le Bottin en nous faisant croire à une saga historique, tout fonctionne à merveille et c'est bien l'essentiel. On passe ainsi du passé au présent sans l'ombre d'une difficulté. Ce récit initiatique dominé par un prêtre à côté de qui Vautrin fait figure d'enfant de choeur chemine au travers d'incroyables ramifications qui seraient étouffantes sans l'humour et la distance de Ruiz. Dis, papa, c'est quoi le romanesque ? C'est ce film, ma fille ! c'est ce torrent d'histoires enchevêtrées qui n'en finissent pas de nous séduire. C'est ce charme fou d'un conte animé. C'est ce film de Raoul Ruiz conteur inspiré et cinéaste apaisé. Quelques images anamorphosées viennent en effet rappeler de quoi Ruiz est capable pour parler du réel. Mais ces moments sont rares, si rares. Comme si le cinéaste chilien faisait ses adieux au songes pour entrer dans le monde du "Il était une fois". Autres chimères, autres rêveries... Reste le cinéma comme réceptacle idéal de cette longue cavalcade feuilletonante. Reste un art qui est capable de renouer avec le "à suivre" d'antan. Restent des spectateurs qui, comme vous, je l'espère, sauront avoir envie de s'asseoir devant ce conteur hors pair. Emerveillés, attentifs, émus. Heureux par conséquent.

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