Et si à deux jours de l’ouverture du Festival de Cannes, on parlait d’autre chose que de cinéma ? Non, rassurez-vous, à l’impossible nul n’est tenu : ici est notre rose, ici nous devons danser. Autrement dit, c’est de cinéma dont il s’agit ici et de rien d’autre. Et pourtant, il sera question de théâtre. J’ai vu récemment à Vincennes, la nouvelle pièce montée par la troupe du Théâtre du Soleil emmenée par Ariane Mnouchkine : « Les Naufragés du Fol Espoir », d’après un texte inachevé de Jules Verne. Incroyable tentative en vérité de retracer en près de quatre heures le tournage d’un film… muet, au moment où l’Europe va s’embraser dans le premier conflit mondial du siècle passé. Formidable hommage à ce cinéma des pionniers où le bout de ficelle est roi. Un sacré pied de nez en vérité à « Avatar ». Sans lunettes, la 3D ! Et pour un grand spectacle total. Moderne « Avatar » ? Certes et même en avance. Mais plus jeunes, beaucoup plus jeunes ces « Naufragés du Fol Espoir ». En fait, ils sont la jeunesse de cet « Avatar » qui arrive tout chargé des années de technologies complexes et de recherches en tous genres. Comme le disait avec cette pertinence qui nous manque tant Antoine Vitez, à propos du théâtre dit antique : c’est lui le jeune homme et nous sommes ses vieux descendants. Le spectacle du Théâtre du Soleil, dans son explosion de naïveté, vient nous rappeler cette évidence. Cette temporalité inversée n’enlève rien aux mérites de la 3D naissante. On se gardera seulement de tomber dans le piège rimbaldien de la modernité à tout prix. Non, il ne faut décidément pas être absolument moderne en ces temps oublieux. Il est au contraire de toute première nécessité d’aller voir, par exemple, ces « Naufragés » pour retrouver la mémoire d’un cinéma sans lequel « Avatar » n’aurait pu exister.Tiens, Thierry Fremaux vient d’annoncer que le nouveau film de Ken Loach, « Route Irish », rejoint la sélection officielle. Que va nous dire le cinéaste britannique sur l’engagement des troupes de son pays dans le conflit irakien ? Il semble qu’ avec les films de Beauvois et Assayas notamment cette sélection parle du monde tel qu’il est avec son bruit et ses fureurs. On ne peut guère s’en plaindre.Conversation ce matin avec un confrère sur un sujet récurrent : de la difficulté de faire ce métier sans passer par les fourches caudines des distributeurs et des attaché(e)s de presse. Vieille querelle entre l’information et la communication. Deux mondes distincts. Deux logiques. Sans parler de la nécessaire liberté critique. Au fond, tant mieux, puisque tant que cette discussion existe, c’est qu’elle est d’actualité encore et toujours. Le tout est de résister. Un ami m’avait un jour appris que l’anagramme de « résistance » précisément, c’est « scénariste ». Plutôt bien vu ! Il convient donc d’opposer un scénario de résistance (pléonasme !) à ces dérives potentielles qui feraient des journalistes les simples auxiliaires serviles d’un plan média habilement concocté.« Télérama » vient de publier aux éditions « les arènes » deux impressionnants volumes qui survolent 6à ans d’histoire de cet hebdomadaire dont je n’ai jamais vraiment compris pourquoi il en agaçait certains à ce point. Pour ma part, j’y ai puisé comme auprès d’autres sources (Bory, Daney, « Les Cahiers », Pérez, …) les fondements de mon amateurisme cinéphile. Je me suis donc replongé avec délice dans cette vaste compilation. Nostalgie ? Non point ! Mais vrai plaisir d’une promenade intelligente dans l’histoire du cinéma, oui ! « Télérama » fait partie du paysage, de mon paysage. C’est bien de pouvoir en conserver des photos à plusieurs moments de sa vie…

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