Il y a dans ce film de Sam Mendes un emprunt au théâtre. Il faut accepter sa lenteur, ses longues scènes, parfois bavardes, car elles sont à l'image de la vie d'un couple, avec des jours d'ennui qui s'étirent et d'autres qui passent trop vite.Mendès signe un très grand film sur l'échec, les idéaux qui se fracassent contre le quotidien, un film sur un couple qui n'est pas en phase. Cela se déroule dans les années 50, mais cette lumière blanche, fantomatique et cette photographie remarquable font oublier l'époque. Le film devient une fable intemporelle.

Franck Wheeler n'aime pas son boulot. April, sa femme, l'attend chaque jour avec leurs deux enfants dans une maison coquette de la banlieue de New-York. Elle croit en la capacité de Franck de porter haut un idéal de vie et le convainct de tout quitter pour l'Europe. Franck, qui commence à se sentir un raté (cigarettes, alcool, maîtresse) accepte. Le couple est beau, le couple est fort, le couple est victorieux. Il dérange les voisins dont la vie est lisse et le destin tracé. Mais le virage n'a pas lieu. Une promotion convainct le mari de ne pas bouger. Peur et lâcheté, sans doute. Son choix dicte aux Wheeler la chronique d'une vie morne annoncée. Comment supporter ?Kate Winslet excelle dans le rôle d'une épouse déçue, envahie de tristesse. DiCaprio, plus lourd, plus rond qu'autrefois rappelle qu'il est un excellent acteur, dans un rôle difficile. Il est celui qui n'assumera pas les envies d'ailleurs de celle qu'il aime, pourtant. Les scènes de crise s'enchainent mais ne se ressemblent pas. Mendès dessine des vagues, tempête, mer d'huile, tempête. L'époux de Kate Winslet à la ville signe un film profond et inoubliable, adaptation du roman de Richard Yates, admiré par Raymond Carver, qui, avec "la fenêtre panoramique" (1961) dérangea l'Amérique tranquille en pointant du doigt les dangers et le mensonge du conformisme ambiant.

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