La rançon de la gloire , le nouveau film de Xavier Beauvois, est en salle depuis quelques jours. Le réalisateur de Des hommes et des dieux et du Petit Lieutenant, a choisi la comédie pour raconter un fait divers qui a défrayé la chronique à la fin des années 70 : l'enlèvement de la dépouille de Charlie Chaplin.

Rappel des faits

25 décembre 1977, le monde du cinéma est en deuil : on vient d'apprendre la disparition d'un montre sacré. Charlie Chaplin s'est éteint à 88 ans en Suisse où il a élu domicile depuis qu'il a été contraint de quitter les Etats-Unis début 53. Selon ses dernières volontés, une petite cérémonie funéraire anglicane est organisée le 27 décembre et Chaplin est inhumé dans le cimetière de Corsier-sur-Vevey. Les télévisions du monde entier diffusent les images de la cérémonie et les hommages arrivent de toute part.Devant sa télévision, à Lausanne, ce jour là, Roman Wardas, réfugié polonais de 24 ans n'en perd pas une miette. Quelques jours plus tard, il lit dans le journal qu'un truand italien a kidnappé le corps d'un défunt pour faire chanter la famille. Et voilà comment démarre l'un des fait divers les plus rocambolesques de ces années là. Wardas entraîne avec lui un autre réfugié, bulgare lui, Gantscho Ganey. Ce couple improbable semble tout droit sorti d'un film de Chaplin : Ganey est aussi baraqué que Wardas est maigrichon. Les deux hommes mettent leur plan à exécution dans la nuit du 1er au 2 mars 1978. Ils accèdent sans vraiment de problème au cimetière de Corsier-sur-Vevey. Ils déplacent sans difficulté la petite pierre tombale et creusent. Après deux heures d'efforts, ils sortent le cercueil, l'installe à l'arrière de leur break, puis vont l'enterrer dans un champ en bordure du lac de Genève, près du village de Noville. Là, ils prennent quelques photos pour accompagner leur demande de rançon.

Charlot Une
Charlot Une ©

Quelques jours après l'enlèvement, Wardas téléphone à la veuve de Charlot pour réclamer 1 million de francs suisses. La famille refuse.

Eugene, l'un des fils de Chaplin, (qui a d'ailleurs un petit rôle dans le film de Xavier Beauvois) se souvient de l'émotion au sein de sa famille : "C'est arrivé dans les jours suivant son décès. Nous étions encore sous le choc. La police voulait convaincre ma mère de payer la rançon que les ravisseurs demandaient, mais elle craignait, en le faisant, que cela donne l'idée à d'autres malfaiteurs de s'attaquer à nous, ses enfants. La philosophie familiale était plutôt de penser : « Bon, ils ont pris le cercueil et alors ? » Cela n'enlevait, ni n'ajoutait rien à la peine qu'on pouvait avoir de la disparition de mon père. C'était même plutôt dans sa manière, de disparaître ainsi une deuxième fois… "

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L'intégralité de l'interview dans Nice Matin Wardas rappelle à plusieurs reprises, envoie des photos du cercueil, commence à négocier, baisse la somme réclamée. Rien n'y fait. Alors le ravisseur menace de s'en prendre aux enfants du réalisateur. Tout au long des deux mois que vont durer ces échanges, la police enregistre les conversations. Apparemment, le kidnappeur passe ses coups de fil depuis une cabine téléphonique à Lausanne.Pour débloquer la situation, la police demande à la famille de faire semblant d'accepter. Un ultime rendez-vous téléphonique est pris le 16 mai à 9 h 30 pour fixer le lieu de la remise de la rançon. Erreur fatale. 240 cabines téléphoniques de Lausanne sont placées sous surveillance policière, dont celle depuis laquelle Wardas passe son coup de fil. Il est aussitôt interpellé. Très vite, il dénonce son complice, qui est arrêté à son tour.

Quelques heures plus tard, les autorités devront utiliser des détecteurs de métaux pour retrouver le cercueil, les deux ravisseurs ayant oublié le lieu précis ou ils l'avaient enterré. C'est le procureur qui se chargera de l’identification. Il dira plus tard que le cinéaste avait "l’air contrarié".Six jours plus tard, Charlot est inhumé une deuxième fois dans le même cimetière de Corsier-sur-Vevey, lors d'une cérémonie intime. Une dalle de béton de deux mètres d'épaisseur est coulée sur la tombe pour éviter un nouveau rapt. Quelques mois plus tard, Wardas est condamné à 4 ans et demi de prison et Ganey à seulement 18 mois.

Pour l'anecdote

L'équipe deLa rançon de la gloire a tourné les scènes du cimetière à quelques mètres de la véritable tombe du cinéaste des Temps Modernes. Xavier Beauvois : "J’avais parfois l’impression d’être observé, j’étais tenté de me retourner... Le tombeau est simple. Il y est juste inscrit « Charlie Chaplin »."

tournage la rancon
tournage la rancon ©

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Xavier Beauvois chez Augustin Trapenard La critique de Laurence Peuron

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