Vous parler de Nanni Moretti depuis le Morvan, quand bien même serait-ce le nord du Morvan (sic), est-ce bien raisonnable ? Comment accorder ces paysages typiquement français et ce cinéaste 100% italien ? Certes, il existe à cinq kilomètres d’ici les célèbres (mais si !) « Fontaines salées », soit les restes de thermes gallo-romains réputés pour leur eau à la salinité… camarguaise ! De quoi faire une synthèse osée entre notre lieu et notre auteur… Foutaises ! C’est parce que Moretti atteint l’universel à partir de son particulier qu’il nous touche tant. Tout comme Woody, Pedro, François, Ingmar, Wim et les autres. Vus d’ici ou d’ailleurs, peu importe, les films de Moretti abolissent les frontières à force de nous parler de la crise du clergé italien, du déclin du PCI, des années Berlusconi ou du plaisir d’enfourcher une Vespa dans le Trastavere romain. D’où le plaisir que l’on a de redécouvrir les trois premiers films du cinéaste : « Je suis un autarcique » (1976), « Ecce Bombo » (1978) et « Sogni d’oro » (1981). Ils ressortent actuellement en salles, en parallèle d’ailleurs à la sortie d’un coffret de DVD qui contient quatre autre films plus récents (chez Bac Vidéo). Ces trois premiers films ont en commun le Doinel de Moretti, Michele, tour à tour acteur de théâtre, étudiant puis cinéaste d’avant-garde. Un personnage bavard, obsessionnel, égocentré (« autarcique » !) et… insupportable ! Mais, également terriblement attachant parce que tous ces défauts cachent des fêlures et des fragilités que la fraternité la plus élémentaire nous invite à considérer avec la plus extrême sollicitude, sous peine de nous haïr nous-même… Michele, c’est notre frère transalpin avec ses gros défauts et ses petites qualités et le miroir qu’il nous tend a le mérite de la sincérité. Ces trois films sont d’abord des festins de parole. Michele s’étourdit de mots et de formules. Il est le langage à lui tout seul. Sa logorrhée permanente, fascinante m’a donné à jamais le regret de ne pas savoir parler l’italien plus encore que ne l’avaient fait en leur temps les films de Fellini, Risi ou Commencini. Comme pour mieux exprimer les impasses italiennes et plus profondément humaines, le verbe remplace souvent l’action. On parle, on parle, faute d’agir. On pallie l’engourdissement par le déluge verbal. Dire, c’est faire. La paralysie n’est pas loin , mais l’aphasie jamais ! Oui, on rit beaucoup et souvent dans ces trois films qui décrivent pourtant des êtres et des situations en panne. Restent alors les mots qui font gags et sens. Si les films de Moretti demeurent universels et juvéniles donc stimulants c’est en grande partie parce qu’ils reposent sur cette politesse du désespoir. On danse sur des volcans. Mais que faire d’autre ? Voir et revoir les films de Nanni Moretti qui nous disent qu’au moins le rire et l’ironie sont de belles armes. Et en l’occurrence des armes intelligentes.Ah ! ça ira !La phrase du jour ?« Son âme était sereine, comme son regard. »Anatole France

Mots-clés :
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.