Les rumeurs vont évidemment bon train, comme le montre la une du « Journal du Dimanche » : « Ce soir : la Palme d’or pour Jacques Audiard ? ». Rien de vraiment solide hélas ne vient étayer ce bruit. La tendance d’hier soir par exemple penchait pour un palmarès « trash » voulu par Isabelle Huppert en grande délicatesse, disait-on, avec un jury déstabilisé par l'Huppert présidence. Dans cette hypothèse-là, les films de Gaspar Noé, Lars von Trier et Brillante Mendoza tenaient la corde. De fait, avec eux, les images « choc » l’emportent. Le temps passant, « Kinatay », le film du Philippin Mendoza, revêt cependant à mes yeux (à mon œil valide, plus précisément) une valeur plus grande que les deux autres films cités. Mendoza filme à la limite du supportable mais justifie sans cesse son propos, y compris d’un point de vue esthétique. Et chez lui, aucune enflure philosophique ou technologique, mais d’abord du cinéma et de l’émotion aussi.Le retrouver au palmarès, quoi qu'il en soit de la tendance générale, ne serait que justice.Mais, depuis ce matin, autre rumeur insistante (et forcément de "source sûre"!!!), la Palme pour Haneke et le prix d’interprétation masculine pour l’acteur principal du film d’Audiard. Je ne vous donne pas ces bruits parce qu’ils correspondent un peu plus à mes vœux ! Ils courent voilà tout. Ils enflent. Et perdront peut-être de leur superbe au fil de l’après-midi…Quant à moi, mon palmarès idéal regrouperait Audiard, Almodovar, Haneke, Resnais et Giannoli. Pourquoi ? Parce qu’au-delà des jugements cinéphiliques, des considérations esthétiques ou morales, ces films entrent en résonance avec le spectateur que je suis. Ils m’émeuvent, ils me touchent. Ils visent à l’âme, à la sensibilité, aux pleurs (Almodovar) et aux sourires (Resnais). Ils cheminent dans mon esprit depuis que je les ai vus. C’est ce dialogue qui est l’essentiel, non ? C’est cette résonance, me semble-t-il, qu’il convient de toujours rechercher. Elle seule permet le dialogue avec le film. Ce dialogue que Jean Renoir appelait de ses vœux quand il constatait que le propre des grands films, souvent, est de ne pas connaître le mot « Fin ». Prenons « Un prophète », qui ne souhaite après la projection savoir ou imaginer ce que deviendra ce caïd dont on vient de nous montrer l’ascension ?Et puis, il y a ces films qui sont comme des miroirs où la résonance est par définition tendue et vibrante, où les sillons laissés sont des échos à nos propres vies. A chacun son palmarès alors ? Evidemment que oui.C’est ainsi qu’Audiard est grand.La phrase du dilmanche midi ?"Attachez vos ceintures, la soirée va être agitée !"Margo Channing, alias Bette Davis, apercevant sa rivale Eve Harrington, alias Anne Baxter, dans "Eve" de Joseph Mankiewicz

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