Ressassement... Oui, Rithy Pahn ressasse un passé cambodgien qui ne passe décidément pas. Et la question que pose alors le cinéma, c'est : comment creuser son sillon en se renouvelant ? Comment redire l'horreur en proposant une autre vision ? comment être définitivement cinéaste pour parler de l'indicible ? Le cinéaste relève haut la main ce défi. On sort profondément bouleversé de la projection de son nouveau film, alors qu'on croyait tout savoir et de sa tragédie familiale et de sa tragédie nationale. Tout simplement parce que Rithy Pahn nous cueille au cœur et au cerveau avec un questionnement sur ces images qui manquent pour montrer l'horreur et surtout un procédé de mise en scène d'une simplicité inversement proportionnelle à sa charge émtionnelle et didactique. Le cinéaste se fait ici "santonnier" en peuplant son film de petites figurines de terre cuite semblables à celle des crèches provençales mais aussi colombiennes notamment, Il les filme au plus près des réalités qu'elles portent dans un prosaïsme d'une incroyable charge poétique. Réinventant ainsi cet enfer qu'il a vécu, Rithy Pahn met la distance nécessaire mais raconte l'essentiel, l'intime, la honte et la douleur. Les tortionnaires présents à travers des images d'archives forcément sinistres et répétitives disparaissent progressivement au profit de ces petites représentations de rien du tout, emblèmes par excellence de la fragilité de ces êtres humains niés, humiliés, exterminés. Le cinéaste poursuit ainsi son exploration du passé tout en s'interrogeant sur les images d'hier ou d'aujourd'hui, c'est tout comme. Cette nouvelle contribution est tout simplement un chef d'œuvre de portée universelle.

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