C'est le film culte de Georges Lautner, basé sur les répliques immortelles de Michel Audiard. "Les Tontons flingueurs" est peut-être le plus grand symbole de l'époque de la Nouvelle vague qui a marqué le cinéma français de la fin des années 1950. Pourtant les critiques du Masque sont loin d'être unanimes.

"Les tontons flingueurs" de Georges Lautner (1963)
"Les tontons flingueurs" de Georges Lautner (1963) © AFP / GAUMONT DISTRIBUTION / SNE GAUMO / COLLECTION CHRISTOPHEL

Le film présenté par Jérôme Garcin 

Un film réalisé en 1963. Une adaptation délirante de Grisbi or not Grisbi, le roman d'Albert Simonin avec les inoubliables Lino Ventura, Bernard Blier, Jean Lefebvre, Francis Blanche, Claude Rich, Robert d'Albon, Jean Lefèvre pour une guerre des truands dont je vous passe les épisodes et qui a atteint son sommet dans la cuisine de la résidence de Louis le Mexicain où la bande s'arsouille avec de l'alcool clandestin. "Tiens, vous avez sorti le vitriol" dit l'un, "on a dû arrêter la fabrication, il y a des clients qui devenaient aveugles" dit l'autre, sans oublier le célèbre "faut reconnaître, c'est du brutal". 

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Xavier Leherpeur n'a jamais pu le regarder en entier tant le film manque, selon lui, d'intelligence…

XL : "Je dois avouer que je ne l'avais pratiquement jamais vu en entier, j'en voyais un petit bout de temps en temps car j'étais un peu affligé, je ne restais donc pas longtemps. 

J'ai toujours connu les répliques par cœur parce qu'il y a toujours dans les dîners, certains qui se gaussent en répétant en boucle toutes les répliques du film. Cette fois-ci, je me suis attelé à mon travail, j'ai regardé le film du début jusqu'à la fin et… c'est la dernière fois de ma vie que je le regarde parce que sociologiquement, je trouve qu'il y a vraiment quelque chose qui se passe. 

Il y a des dialogues qui me font moins rire mais qui sont, je l'avoue, assez savoureux. Mais, en termes de scénario, c'est très mal construit et écrit. On a deux intrigues qui tentent d'être raccrochées par le scénario et par la mise en scène, mais qui n'ont rien à voir l'une avec l'autre : d'un côté, cette jeune fille qui veut vivre ses 17 ans, sortir avec ses copains, épouser Claude Rich et dont Lino Ventura devient l'oncle putatif. Et puis, de l'autre côté, on a cette vague d'intrigues dont les tenants et les aboutissants sont donnés dès la première séquence. Pour le reste, ça se traîne, ça rame avec des scènes interminables comme celle de la beuverie qui n'en finit plus : elle fait 10 minutes sur 1h30… 

En termes de mise en scène, Georges Lautner découvre la double focale, soit le principe de la mise en scène qui permet d'avoir un premier plan net et un arrière plan lointain net". 

C'est mis en scène d'une manière très décontractée, sans aucune intelligence.

Pour Eric Neuhoff c'est de "la poésie pure"

EN : "Xavier mériterait de boire cul sec leur alcool de contrebande parce que c'est vraiment un film qu'on connaît par cœur ! 

On se glisse là-dedans comme dans des chaussons confortables et on est heureux d'être là.

On est à la fois chez soi et il y a tout le temps des trucs nouveaux qu'on découvre à chaque fois qu'on le regarde. On a beau savoir toutes les répliques, l'intrigue n'a absolument aucune importance, c'est ça qui est bien. C'est une parodie. C'est de la poésie pure ce film car on voit que ces gars-là, tous devant et derrière la caméra, au bureau en train d'écrire, ont voulu se faire plaisir, ils ont fait ce film ensemble, pour s'amuser. 

Ça sent vraiment la joie. Ça sent l'aisance. Ça ne respire pas du tout l'effort.

Quand on pense que ce film est sorti en 1963, en pleine Nouvelle Vague du cinéma français ! Pour la première fois, j'ai trouvé que le film était pas mal filmé du tout pour un Lautner qui pourtant n'a jamais vraiment été un styliste. Mais là, c'est un polar très intelligent, astucieux, d'un humour fou, bourré de répliques qu'on adore. On ne devrait jamais quitter Montauban. 

Il y a des petits clins d'œil d'ailleurs à la période cinématographique de la Nouvelle Vague : la fille (Sabine Singer) s'appelle Patricia, comme Jean Seberg dans "À bout de souffle" de Jean-Luc Godard. Il y a des instants cultes : Blier qui prend une gifle dès qu'il ouvre une porte, c'est merveilleux. Comme quoi on peut quitter Montauban pour aller chez Jean d'Ormesson".

Charlotte Lipinska salue "l'une des parodies les plus incontournables du cinéma français"

CL : "Xavier, tu te désoles que le scénario soit éparpillé façon puzzle, mais c'est une parodie et le principe de la parodie c'est que ça permet de pousser les curseurs extrêmement loin d'une équation très simple : avoir des bons mots dans la bouche de bons comédiens. Je pense qu'il ne faut pas chercher midi à 14h sur ce film et, de ce point de vue-là, il faut avouer que c'est quand même un déluge, une avalanche, un festival, tout ce que vous voulez. 

Il n'y a pas une seule réplique qu'on n'ait pas envie de ressortir plus tard.

On est sur une parodie de malfrats des années 1950. Il y a plein d'images extrêmement jolies. Je trouve qu'il y a quand même, en deuxième lecture, quelque chose sur le choc des générations, la façon dont il traite les jeunes, le personnage de Claude Rich ou Patricia, un peu comme des jeunes écervelés qui écoutent du Bi-Bop et qu'on pourrait représenter comme la Nouvelle Vague avec ces fameux tontons qui vont les foutre dehors à coup de pied au cul, c'est quand même assez réjouissant".

Pour Pierre Murat, c'est nul !

PM : "C'est nul ! Vous dites "Il n'y a pas de scénario, mais c'est pas grave ; il n'y a pas de mise en scène, mais c'est pas grave". Donc il n'y a rien, mais c'est pas grave ! Je précise que Georges Lautner, à la base, ce n'est pas un nul. Il a fait de très bons polars comme "Mort d'un pourri" (1977) qui est vraiment très bien et il a fait surtout dans le style de la parodie, un film formidable avec la même équipe qui s'appelle "Les Barbouzes" (1964) qui est beaucoup mieux fait que celui-ci ! 

Vous délirez tous sur un film qui n'est pas bon.

Le film

🎧 Écoutez l'ensemble des critiques échangées à propos de ce film sur le plateau du Masque et la Plume :

8 min

"Les Tontons flingueurs" de Georges Lautner

Par Jérôme Garcin

▶︎ Disponible en VOD sur Canal Plus ; sur La Cinetek ; sur Universciné ; sur FilmoTV. 

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