Pour certains critiques, le film est répétitif “comme un 33 tours un peu rayé qu’on a trop passé”, la mise en scène systématisée et la narration lassante… mais pour les autres c'est un véritable petit chef-d'œuvre : une ode à la jeunesse et à la liberté, réalisée avec intelligence, brio et plein de poésie !

"Leto" du cinéaste russe Kirill Serebrennikov (sortie le 05 décembre 2018)
"Leto" du cinéaste russe Kirill Serebrennikov (sortie le 05 décembre 2018) © Hype Film Kinovista 2018

Le résumé du film de Kirill Serebrennikov, par Jérôme Garcin

Leto (« l’été » en russe) qui était en compétition à Cannes, un film en noir et blanc de Kirill Serebrennikov, metteur en scène de théâtre et cinéaste, dont le fauteuil est resté vide pendant le festival. Il est en effet assigné à résidence en Russie par le régime de Poutine

Leto n’est pourtant pas un brûlot. C’est la biographie romancée du légendaire groupe de rock Kino. A Leningrad, pendant l’été 1981, sous l’ère Brejnev, Viktor Tsoi, joué par l'acteur coréen Teo Io, rencontre Mike Naumenko, du groupe Zoopark, et sa copine Natalia, dont les souvenirs ont inspiré ce film. 

Outre le triangle amoureux, style Jules et Jim, on assiste à la création de la salle de concert Leningrad Rock Club et à l'enregistrement du premier album de Kino, à une époque où on se passait les disques de Bowie et de Dylan sous le manteau. Viktor Tsoi allait mourir en 1990, à 28 ans, dans un accident de voiture et devenir « une icône nationale ». Prétexte pour montrer ce qu’était la scène underground sous la perestroïka

8 min

« Leto », de Kirill Serebrennikov - les critiques du Masque et la Plume

Xavier Leherpeur est le seul à ne pas avoir été séduit !

XL : La réalisation de Leto veut toujours montrer qui est le maître à bord... le réalisateur. Certes il exécute magistralement son récit mais il le vide de toute substance à force de faire dans l’apparence, dans le décorum… 

Je ne suis pas rentré du tout dans le film. Serebrennikov mêle de faux clips et un personnage narrateur qui passe pour dire « ceci n’a pas existé »… 

Il y a de l’humour mais c’est comme un 33 tours un peu rayé qu’on a trop passé. À un moment je vois le systématisme de la mise en scène.

Le rôle de la femme n’est absolument pas écrit, c’est un film de mecs.

Le film tourne sur lui-même, est cyclique, ne m’apprend pas grand-chose…

Et la steadicam ce n’est pas un point de vue, c’est de la décoration… je cherche une émotion et je ne la trouve pas. C’est l’URSS pour les nuls !

"Leto" du cinéaste russe Kirill Serebrennikov (sortie le 05 décembre 2018)
"Leto" du cinéaste russe Kirill Serebrennikov (sortie le 05 décembre 2018) / Hype Film Kinovista 2018

Pour Pierre Murat c'est un film magnifique, splendide et plein d'humour !

PM : Je trouve ça absolument magnifique ! Il y a une invention à chaque plan, c’est d’un lyrisme extraordinaire, d’une jeunesse folle…

Il a réussi à retrouver le sentiment que les rockeurs pouvaient avoir à cette époque-là, c’est-à-dire qu’ils découvraient en retard le rock puisque ça venait de l’Occident.

C’est fait avec une intelligence, un brio, un humour absolu ! C’est drôle, tous ces gens qui répètent des paroles de chansons avec le narrateur qui est là pour dire « ça aurait pu se passer... cela aurait été magnifique si ça c’était passé comme ça en Russie ». C’est absolument splendide

L’histoire d’amour, cette espèce de ménage à trois est très touchante, le rôle de la femme est très bien écrit… C’est un film qui aurait mérité, par sa force et son enthousiasme, d’être très haut dans le palmarès du Festival de Cannes.

"Leto" du cinéaste russe Kirill Serebrennikov (sortie le 05 décembre 2018)
"Leto" du cinéaste russe Kirill Serebrennikov (sortie le 05 décembre 2018) / Hype Film Kinovista 2018

Charlotte Lipinska a trouvé ce film très beau et émouvant quoiqu'un peu répétitif...

CL : Il y a quelque chose que je trouve très bien dans ce film, c’est cette espèce de parenthèse enchantée qui nous montre les prémices de la perestroïka avec l’euphorie de cette jeunesse qui aspire à plus de liberté...

Et en même temps Serebrennikov pose dessus un regard très mélancolique. L’euphorie est contrebalancée, dans les scènes, par un sentiment mélancolique, donc on est dans cet entre-deux, et en ça je trouve le film beau et émouvant.

Toutefois le film est long, il est très répétitif dans son dispositif : il faut vraiment aimer la musique russe post-rockz des débuts de la perestroïka… Je trouve cela très pénible à écouter donc quand bien même je suis emportée dans l’euphorie des personnages, sur deux heures, il y a un systématisme de narration qui devient lassant et je ne trouve plus l’émotion du film.

"Leto" du cinéaste russe Kirill Serebrennikov (sortie le 05 décembre 2018)
"Leto" du cinéaste russe Kirill Serebrennikov (sortie le 05 décembre 2018) / Hype Film Kinovista 2018

Sophie Avon a été frappée par la douceur et la délicatesse du film !

SA : J’ai été bouleversée par le film, alors que je me fiche du rock et de Leningrad, et le film m’a séduite, m’a happée… Je ne trouve pas du tout qu’on assiste à des concerts répétitifs ou que ça se ressemble. Ce n’est pas pesant. Cela montre très bien comment on regarde un concert en Russie à cette époque-là, c’est quand même assez hilarant de voir qu’on n’a même pas le droit de se mettre debout.

Il y a également tout une mélancolie car c’est un film sur la jeunesse qui passe et sur la liberté qu’il faut arracher. Et cette liberté, si on ne peut pas la prendre, en attendant on la rêve. Il y a un inconscient qui déborde du cadre, ça nourrit le film de manière poétique.

J’ai été enthousiasmée par le film que je trouve d’une délicatesse entre les personnages… il y a une douceur permanente entre eux, et c’est étonnant dans un film sur le rock.

Même si on ne s'intéresse pas au rock, c'est un film sur la liberté avant toute chose.

Aller plus loin

🎧 La chronique de Rebecca Manzoni sur Leto dans Pop & Co

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