Donc ça commence aujourd’hui… Quoi « ça » ? Ah, ne faites pas les malins, vous le savez très bien puisque vous n’en pouvez déjà plus si vous n’aimez pas le cinéma (mais, alors diront certains, pourquoi lire ce blog ?...). Stop !

Festival de Cannes
Festival de Cannes © radio-france

Festival de Cannes
Festival de Cannes © radio-france
Le Festival de Cannes a commencé, un point c’est tout. Plutôt mal avec l’énorme titre du « Libération » du jour : « Le dernier Festival de Cannes ? ». Et pourquoi pas « Cannes, c’est mort » tant qu’ils y sont nos chers et infatigables libéraux-libertaires toujours en chasse de la future post-modernité ?! On aime bien les titres de "Libé" quand ils font rire, sourire ou mobilisent même, beaucoup moins quand ils sentent le ridicule d’une fausse question destinée à attirer le chaland qui, soit dit en passant, à bien raison de s’en foutre. Alors pourquoi le dernier ? Mais parce que vous le voyez bien : « Sauf à devenir une vieille dame sympa mais désuète que l’on visiterait une fois par an en son mouroir, Cannes est sommé de mettre sa pendule à l’heure de ces révolutions ». Fin de citation d’un Gérard Lefort que je préfère décidément en critique de films avisé et pertinent qu’en éclaireur de l’avenir lisant dans une boule cristal tristement 3D !. Lesdites « révolutions » ? Mais bien évidemment le nouveau serpent de mer des pratiques culturelles : tous cinéastes, tous créateurs, avec les petites caméras, les petits écrans, les petits budgets, les petits salons, les petits publics, les petits scénarios, les petits films… Petits, petits, petits, courez vite la basse-cour est déjà pleine. Le cinématographe est mort. Vive le cinéminuscule ! Qu’une fois encore (car l’antienne n’est pas nouvelle, y compris à Cannes), on veuille nous faire le coup de la révolution à la chinoise (décidément Libé… !) pour que 60 millions de vidéastes éclatent en mille fleurs invisibles, cela tient de la vaste rigolade, non ? Mais enfin, quand on aura vidé les salles de cinéma pour faire croire à chacun qu’il est un Lynch en devenir, où sera le spectacle ? Zut, en effet, pour qu’il y ait spectacle, il faut un derrière et un devant l’écran ! Et qu’on nous épargne une bonne fois pour toutes l’éventuelle passivité du spectateur : la position du spectateur, comme celle du lecteur, de l’auditeur, est parmi les plus belles qui soient, n’en déplaise aux fanatiques de l’activisme artistique à tout prix (drôle d’époque : les parents multiplient les activités artistiques du mercredi et du samedi pour leurs chers enfants, tout en acceptant parfaitement qu’ils ne lisent plus ou presque !!!) En tous les cas et en réponse immédiate aux bonnes âmes de « Libé, je fonde dès aujourd’hui le club de « Ceux qui n’ont pas envie de réaliser un film à diffuser sur leur montre mais qui voudraient bien continuer à voir des œuvres sur grand écran sans passer pour des arriérés mentaux et des empêcheurs de « jeuniser » en rond. » ! Plus fondamentalement, il s’agit bien d’une nouvelle version du cliché selon lequel l’écran aurait tué le livre et qu’un medium chasse l’autre. Plus tristement, s’il s’agit de suggérer aux responsables du Festival, et c’est ce qui est concrètement dit, d’organiser des sections parallèles comme autant de ghettos technologiques, on préfèrerait ne pas assister ici à ce beau désastre artistique d’une création considérée avec plus de bienveillance parce que réalisée dans de petites conditions et sous de petits formats. Enfin, on notera avec ironie, que nos excellents confrères de « Libé » sont allés interroger dans ce même numéro Thierry Fremaux, le Délégué général de Cannes, mais que bizarrement ils se sont bien gardés de lui soumettre le fruit de leur cogitations mortifères. Dommage, on aurait bien rigolé des réponses… Allez, big is biutiful !

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