Deux films à l’affiche et deux affiches de films. L’un qui n’a pas rencontré les faveurs du public, l’autre qui connaît un succès inattendu. Le premier : « Les Derniers jours du monde » des frères Larrieu. Le second : « Non ma fille tu n’iras pas danser » de Christophe Honoré. Sur chacune des deux affiches en question, sur ou sous le titre, un slogan. Pour le premier : « Enfin libres ». Pour le second : « Vivez libre ». Un slogan, au mieux comme dans une campagne politique, au pire comme pour une marque de lessive. On s’était habitué aux phrases d’accroche un peu ridicules du genre : « Le plus grand film de X » ou « Un choc digne de … ». Au moins pouvait-on s’en amuser. Ici, rien de tel. On emploie les grands mots, on donne les mots d’ordre, on déploie les banderoles grotesques et déplacées. Les deux films en question n’ont rien de films de propagande. Alors pourquoi les travestir de la sorte ? Que cherche-t-on à créer dans l’esprit de spectateurs ? Une adhésion immédiate, avant même d’avoir vu le film ? une nouvelle communauté qui ira tout droit sur Facebook en s’appelant « Ceux qui veulent vivre libre avec Christophe Honoré et Chiara Mastroianni » ou « Enfin libres avec les Larrieu » ? Et de fait qui peut être contre de tels slogans ? S’en exclure serait suicidaire, vous pensez bien. « Vivez libre », c’est aussi puissant, pensant et profond que « A bas la mort ». En fait, ce n’est rien et surtout pas des mots accordés au contenu du film. Mais qui s’en soucie ? Entre les Larrieu et Honoré, une petite différence quand même. Chez les premiers, le slogan est sous le titre et dans un caractère nettement plus petit. Chez le second, il occupe le premier tiers du haut de l’affiche et ses lettres sont deux fois plus grosses que celles employées pour le titre ! Ce n’est plus un film qu’on vend ici, mais un slogan. Puisqu’il semble que le distributeur ait procédé de la sorte pour « accrocher le spectateur », on lui demandera ce que cela veut dire ce « Vivez libre » à propos d’un film qui ne dit jamais cela… Dommage vraiment qu’un tel brouet soit porté par le cinéma d’auteur français. Dommage que personne ne se soit ému de cette surenchère « libérale » au sens premier du terme. En mettant l’adjectif « libre » à toutes les sauces et sur tous les films, le cinéma français va devoir affronter le retour du refoulé et s’expliquer clairement sur cette curieuse instance. On frôle l’erreur de casting, la captation d’héritage et surtout le détournement de sens. Ah ça ira !La phrase du soir : « Tout cela avait décidément un goût de trop peu ! »Ismaïl Kadaré

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