Mercredi 30 janvier, France Inter a consacré une journée à Abraham Lincoln, l’un des Présidents les plus emblématiques de l’histoire des Etats-Unis. Une journée entière pour découvrir ou redécouvrir cet homme d’Etat dont le nom reste à tout jamais associé à la guerre de Sécession et à l’abolition de l’esclavage.

Plusieurs rendez-vous- Le 7-9 Patrick Cohen avec Steven Spielberg

- 13h30-14h La marche de l’histoire / Jean LebrunLes Noirs aux Etats-Unis après Lincoln avec Pap N’Diaye , maître de conférences d’histoire à l’EHESS

- 18h-19h Downtown Philippe Collin et Xavier Mauduit recevaient Steven Spielberg et Daniel Day-Lewis

Lincoln
Lincoln © Radio France

Le film

Film de Steven SpielbergAvec Daniel Day-Lewis, Sally Field, David Strathairn, Joseph Gordon-Levitt, James Spader, Hal Holbrook, Tommy Lee Jones

Les derniers mois tumultueux du mandat du 16e Président des États-Unis. Dans une nation déchirée par la guerre civile et secouée par le vent du changement, Abraham Lincoln met tout en œuvre pour résoudre le conflit, unifier le pays et abolir l'esclavage. Cet homme doté d'une détermination et d'un courage moral exceptionnels va devoir faire des choix qui bouleverseront le destin des générations à venir.

Si l’esclavage n’est pas mauvais, rien n’est mauvais.

Le film de Steven Spielberg est une plongée intime dans les moments les plus révélateurs de la vie d'Abraham Lincoln, à une époque où planait l’ombre malsaine de l’esclavage, dans un pays déchiré par la guerre. Le mythe Lincoln, ainsi que le côté humain du personnage, rarement évoqué jusque là, fascine Steven Spielberg depuis l’enfance. Le cinéaste a lu quantité d’ouvrages sur Lincoln, il l’a étudié en profondeur et est devenu de plus en plus convaincu que sa vie intense et mouvementée était remplie d’histoires non seulement fondamentalement cinématographiques mais également de plus en plus en résonnance avec notre époque : "J’ai toujours voulu raconter une histoire à propos de Lincoln. C’est l’une des figures les plus fascinantes de l’Histoire et il occupe une grande place dans ma vie. Je devais avoir quatre ou cinq ans lorsque j’ai vu le Lincoln Memorial pour la première fois, j’ai d’abord été effrayé par la taille de la statue sur ce fauteuil, mais à mesure que j’approchais, j’étais de plus en plus captivé par son visage. Je n’oublierai jamais cet instant, cela m’a poussé à m’interroger sur cet homme qui me surplombait, assis dans ce fauteuil. "

Steven Spielberg dirigeant Tomy Lee Jones
Steven Spielberg dirigeant Tomy Lee Jones © Twentieth Century Fox
Il aura fallu dix ans à Steven Spielberg et au scénariste Tony Kushner, qui avaient déjà collaboré sur _**Munich,**_ pour mettre au point l’histoire précise qu’ils voulaient raconter et la manière de le faire : "_Nous nous sommes concentrés sur les quatre derniers mois de la vie de Lincoln, car ce qu’il a accompli au cours de cette période est véritablement prodigieux. Nous voulions cependant montrer que c’était un homme, et non un mythe. Nous nous sommes dit que notre meilleure chance d’être fidèles à cet homme exceptionnellement complexe était de le décrire en plein coeur de son combat le plus difficile : l’adoption du 13e amendement par la Chambre des Représentants._ " Le combat de Lincoln pour faire adopter le 13e amendement a marqué un tournant majeur pour les États-Unis, mais il correspond également à un moment dramatique dans la vie personnelle du président. Lincoln était confronté à la perte d’un fils, à une vie de couple difficile et à la peur de perdre un autre enfant dans un conflit dont le poids pesait constamment sur sa conscience.Ces deux visages de Lincoln sont incarnés par Daniel Day-Lewis. Steven Spielberg déclare : "_Je pense que Daniel, comme Tony Kushner, a développé une compréhension de l’homme qu’était Lincoln à un point tel qu’il est difficile de l’exprimer. Je n’ai jamais interrogé Daniel sur sa manière de travailler, je ne l’ai jamais remise en question. J’ai simplement reçu ce cadeau avec une immense gratitude. Avec Daniel et Tony, j’avais la sensation de me trouver face à deux monuments des arts de la scène et du jeu, et je me répétais sans cesse de ne pas les gêner, de célébrer leurs mots, de saisir leurs prestations, de les filmer de la meilleure manière possible. Et de laisser à ces artistes la liberté d’imprimer leur marque._ "
Daniel Day-Lewis et Steven Spielberg
Daniel Day-Lewis et Steven Spielberg © Radio France
Comme bien des gens, Daniel Day-Lewis ne connaissait initialement Lincoln que dans les grandes lignes, essentiellement à travers ses discours, comme l’Adresse de Gettysburg - le discours qu’il a prononcé lors de l’inauguration d’un cimetière national sur le lieu du champ de bataille en novembre 1863 : "_Je ne savais pratiquement rien de l’homme qu’il était en tant que personne. C’est à travers le scénario que j’ai commencé à apprendre à le connaître. Tony en brosse un portrait très riche à travers son intellect, son humour et sa mélancolie, tant d’un point de vue personnel qu’en tant que président. Le contraste entre ces deux aspects a nourri mon approche du personnage. Dans le script de Tony, on distingue un homme qui fait l’expérience paradoxale d’une double vie, à la fois publique et privée._ "Daniel Day-Lewis s'est ensuite plongé dans les écrits sur et de Lincoln. Par la suite, tout cela a laissé place à quelque chose de plus organique. L’acteur commente : "_Lire des récits autobiographiques a ses limites, et à un moment donné, il est devenu encore plus intéressant à mes yeux d’évoluer vers une compréhension plus subjective de la vie personnelle de Lincoln. En cela, ce qui ressort de ses écrits a été très important. On saisit magnifiquement sa personnalité non seulement dans ses discours mais également dans les histoires qu’il racontait._ " Ce que Daniel Day-Lewis appelle « le rythme de l’homme » lui a fourni une clé supplémentaire pour appréhender son personnage.
Daniel Day-Lewis
Daniel Day-Lewis © Radio France
Il explique : "_Il faisait tout à son propre rythme et ne pouvait le faire que de cette façon. Il avait besoin d’arriver à ses conclusions et à ses décisions via un processus logique auquel il pouvait se fier. Ce qui passait pour de l’inaction ou de la paralysie aux yeux des autres n’était en fait qu’une impression extérieure. Dans son esprit, il accomplissait le chemin nécessaire, visualisant chaque étape du processus, après quoi il pouvait voir les choses clairement._ "Lincoln avait un physique étrangement maigre et efflanqué, et l’on dit que sa voix était davantage celle d’un ténor et qu’elle devenait de plus en plus aiguë à mesure qu’augmentait son enthousiasme. Daniel Day-Lewis s’est approprié ces deux aspects du personnage, lui conférant une humanité rustique et simple qui le rend véritablement accessible. Steven Spielberg et Daniel Day-Lewis s’étaient mis d’accord sur le fait que le plateau de tournage devait être une sorte de bulle où seul régnerait l’univers de Lincoln. Pour maintenir l’intégrité de cet univers, le réalisateur a demandé à ses acteurs et à son équipe de s’imprégner pleinement du Washington du XIXe siècle. Il explique : "_Pour recréer l’atmosphère des États-Unis de l’époque, il fallait que l’on retrouve sur le plateau le plus haut degré d’authenticité possible, de sorte que les seuls témoins de notre temps étaient les caméras et les moniteurs. Tout le reste faisait partie de la réalité de Lincoln._ " Rick Carter, le chef décorateur, raconte : "_Je me souviens d’avoir eu la sensation de remonter le temps lorsque Daniel Day- Lewis a pénétré sur le plateau pour la première fois. Je n’oublierai jamais ce moment. Ce n’était pas Daniel Day-Lewis que j’avais en face de moi. C’était le président des États-Unis de 1865, c’était Abraham Lincoln._ "
Daniel Day-Lewis
Daniel Day-Lewis © Twentieth Century Fox
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