Devinette du soir : dans quels cinémas peut-on actuellement voir dans une copie intégralement restaurée et en version inédite le chef d’œuvre absolu de Max Ophüls, « Lola Montès » ? Réponse : dans trois salles, pas une de plus, pas une de moins. « Lesquelles ? » me direz-vous avec impatience. A Strasbourg (cinéma L’Odyssée), à Paris (au Reflet Médicis) et à Uzès (au Capitole). Cette dernière salle va provoquer, j’en suis certain, quelques ricanements du genre : ça y est, l’imbécile heureux qui est né quelque part est reparti dans son délire uzétien. C’est faux ! En apprenant que depuis mercredi on pouvait voir la nouvelle version rerstaurée de « Lola », je suis parti à la chasse aux informations. « Le Film français » annonçait une sortie dans cinq salles françaises. Au final, il ne s’agit plus que de trois dont effectivement celle d’Uzès, ce dont je me réjouis soit dit en passant. Vous habitez Strasbourg, Paris ou Uzès (l’une plus les deux autres, ça fait du monde…) ? Alors, courez voir ou revoir ou re-revoir Martine Carol et Peter Ustinov dans ce film fou, ce film phare, ce film monstre. François Truffaut, dans « Les Films de ma vie », commence ainsi le beau texte qu’il consacre au film d’Ophüls : « Voilà le cinéma qu’il faut défendre, un cinéma d’auteurs qui est en même temps un plaisir des yeux, un cinéma d’idées où les inventions jaillissent à chaque image, un cinéma qui n’empiète pas sur l’avant-guerre, un cinéma qui enfonce des portes trop longtemps condamnées. » Et Truffaut de conclure quelques pages enthousiastes plus tard : « Lola Montès se présente comme une boîte de chocolats de Noël. On soulève le couvercle et il en sort un poème de 670 millions. » Truffaut le critique a tout dit ou presque. La vision de « Lola Montès » est, pour ma part, un enchantement à chaque fois renouvelé. Il est ainsi des films qui comme « Amarcord » ou « Fanny et Alexandre » font l’effet que l'on se trouve face à un paquebot immense qu’on ne parvient pas à englober du regard avant qu’il ne nous entraîne dans sa haute mer de rêves, de fantasmes et de bonheurs multiples. On ne peut que cultiver avec ce film une immense histoire d’amour. Et c’est d’abord lui qui nous aime, lui qui sait nous aimer, d’une façon incomparable. Il nous est alors facile de lui renvoyer ce sentiment. On vit une véritable passion avec « Lola Montès ». Sinon, mieux vaut passer son chemin et aller voir ailleurs ! Cette version restaurée grâce à la Cinémathèque française donne enfin à voir le film tel que Ophüls le voulait, c’est à dire plus tumultueux, plus baroque encore. Cette semaine particulièrement LE cinéma est à Strasbourg, Paris et Uzès. Qu’on se le dise !Ah ! ça ira !La phrase du soir ?« Quand le voile noir de la tristesse inutile disparut, il décida de suivre le chemin tracé devant lui. Apaisé, désormais. »Yves Navarre, « A perte de vue »

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