Jérôme Garcin et les critiques du Masque sont parfois divisés sur la qualité du film, mais unanimes sur la prestation de Fanny Ardant.

Fanny Ardant interprète Lola dans "Lola Pater" de Nadir Moknèche
Fanny Ardant interprète Lola dans "Lola Pater" de Nadir Moknèche © ARP Sélection

Jérôme Garcin : "Fanny Ardant m'a épaté"

"Lola Pater", un film de Nadir Moknèche, le réalisateur de "Viva Ladjeri", "Délice Paloma", "Goodbye Morocco"... Avec Fanny Ardant dont vous savez que je ne suis pas un inconditionnel. Là, elle m'a épaté. Le film commence par la mort en France d'une mère d'origine algérienne. Son fils, Zino (Tewfik Jallab), part aussitôt à la recherche de son père Farid disparu il y a fort longtemps, et débarque en moto dans une maison du sud de la France, où une femme qui aime les femmes, Lola, dirige un cours de danse orientale.

Lola, c'est Farid, qui a choisi de changer de sexe. Elle n'ose pas dire à son fils qu'elle est son père et elle va aller à Paris pour lui apprendre la vérité. Une vérité - on peut le comprendre - que Zino a du mal, dans un long premier temps, à accepter.
Sur le papier, c'est un scénario impossible. A l'écran, j'ai été très ému, grâce à cette Fanny Ardant, qui ose tout, y compris de jouer de sa part de masculinité évidente.

Pierre Murat : "L'infinie douceur du film"

C'est un film que j'aime beaucoup. D'abord, parce qu'il y a Fanny Ardant que je trouve vraiment formidable. Elle est excentrique, elle est toujours très bien quand on lui demande d'être à l'exacte frontière entre le grotesque et le sublime. Ce que j'aime vraiment, c'est l'infinie douceur du film. Nadir Moknèche a évité les hésitations d'un jeune homme qui a décidé de changer de sexe, il ne montre pas quelqu'un qui a pris cette résolution et qui en est malheureuse et aigrie. Lola est épanouie, elle vit avec une compagne.Il y a une douceur, et une grande tendresse vis à vis de tous les personnages. Et en même temps, il en fait une sorte de western : ils sont là, tous les deux, face à face, à Paris. Il lui dit : "Tu es un monstre". Elle répond : "Je suis quand même ton père !". C'est un film vraiment touchant, et très très réussi.

Eric Neuhoff : "Un très beau sujet, mais tellement maladroit"

C'est un très beau sujet, mais tellement maladroit. Tout est attendu, tout est mièvre. Je vous trouve un peu vache avec Fanny Ardant, c'est une actrice terriblement féminine. Elle est faite pour "La Femme d'à-côté" pas pour "A côté de la femme". Et quand on la voit attifée comme ça, elle en fait beaucoup trop... Ce qui me déplaît dans le film, c'est que tout passe comme une lettre à la Poste : le gamin n'a pas vu son père depuis 25 ans, mais il est surtout furieux parce qu'elle boit trop. Qu'elle soit devenue une femme, c'est pas gênant. Mais alors si elle se saoûle devant des copains, ça passe pas. J'ai trouvé qu'il y avait un vrai sujet, mais que le film était trop mièvre.

Fanny Ardant, et Tewfik Jallab dans "Lola Pater"
Fanny Ardant, et Tewfik Jallab dans "Lola Pater" / ARP Sélection

Michel Ciment : "Pas un grand flm, mais il m'a beaucoup touché"

C'est pas un grand film, mais il m'a beaucoup touché, comme beaucoup de films de Nadir Moknèche. C'est un cinéaste qui a beaucoup de cohérence, qui trace son sillon. Il va accorder un piano désaccordé, puisque le fils et sa mère / son père ont un antagonisme assez fort. et de façon assez subtile, il rapproche les deux personnages. Ce qui m'a choqué, c'est le reproche qu'on fait certains médias d'avoir confié à Fanny Ardant le rôle d'un transsexuel, en disant que seul un transsexuel pouvait jouer ce rôle. C'est pousser le communautarisme loin, et nier ce qui fait un comédien. Un comédien par définition est un interprète. On n'a pas besoin d'être docker pour jouer un docker.

Xavier Leherpeur : "Je suis ton père" dit par Fanny Ardant, ça a de la gueule !

Fanny Ardant est une comédienne magnifique : elle est formidable dans le rôle, parce qu'elle l'empoigne, parce qu'elle n'en a pas honte. Elle est exactement comme Lola par rapport à son changement de sexe : elle aime ce qu'elle est devenue et Fanny Ardant aime ce qu'elle est en train de jouer. Sa culpabilité ne vient pas de son changement de sexe - il est naturel, il était désiré, il est heureux, il est joyeux - ce qu'elle regrette c'est l'absence du fils qu'elle a éloigné d'elle, et d'avoir fait souffrir sa femme.

Avouez quand même que depuis Dark Vador, "Je suis ton père" quand il le disait à Luke, "Je suis ton père" dit par Fanny Ardant, ça a quand même aussi de la gueule !

Elle est bouleversante, le film a un côté farouche, surprenant, un côté je prends les choses à bras le corps, tous les corps, masculins, féminins... Aimer, désirer. Fanny Ardant sexualise extrêmement bien son personnage, et c'est important de dire aussi que les transsexuels et les transgenres ont une sexualité heureuse, épanouie et gourmande et joyeuse.

Découvrez l'intégralité des échanges :

►►► ALLER PLUS LOIN | Ecoutez l'intégralité du "Masque et la Plume" cinéma, avec au programme : Lola Pater, Une femme douce, Office, La Tour sombre, Une vie violente, Egon Schieler et Lumières d’été.

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