"Lucie, après moi le déluge" est un documentaire auto-produit par une réalisatrice indépendante. Durant 58 minutes Sophie Loridon raconte la vie de Lucie Vareilles, paysanne au cœur de l'Ardèche. La réalisatrice, se dit "impressionnée" par le succès inattendu du film.

Lucie Vareilles
Lucie Vareilles © Sophie Loridon

Voici l’histoire d’un film à budget minuscule, auto-produit par une jeune réalisatrice indépendante, Sophie Loridon, et qui fait salle comble partout où il est programmé.

Dans Lucie, après moi le déluge, on découvre Lucie Vareilles au fil des saisons. Elle est née en 1916 sur le plateau du Vivarais en Ardèche. Une paysanne dans la campagne, à 1 000 mètres d'altitude, près du village de Saint-Jeure-d'Andaure. 

Durant 58 minutes le temps suspend sa course folle, et se pose dans une maison de pierre, chauffée au bois, auprès de cette vieille dame extraordinaire d’humanité. "C'est vrai que je suis exceptionnelle", dit-elle sous forme d'autodérision. Elle sait bien qu'elle est d'un monde qui n'est plus le nôtre.

En regardant la caméra se poser calmement sur chaque plan, on pense à Depardon, mais Sophie Loridon ne le connaissait pas encore quand elle a commencé à filmer il y a dix ans. 

Elle a réuni autour d’elle une équipe tout aussi convaincue qu’elle que ce film serait "un trésor" précieux. "J'ai filmé un an avant sa mort en 2009. Je n’ai pas lâché. J’ai un autre film en cours de production, mais il me fallait faire celui-ci sur Lucie, qui est une petite cousine éloignée, car son histoire c’est le patrimoine immatériel de la région"

Salles pleines et séances supplémentaires

Depuis quelques semaines, le phénomène "Lucie" fait tâche d'huile en Ardèche, Haute Loire, Isère et maintenant Rhône-Alpes, avec des salles de cinéma combles. Le chiffre est encore modeste, 6 000 spectateurs, mais il est réalisé alors que le film n'a pas les moyens des "grands", à savoir l'inscription au Film Français, attachée de presse, promotion, etc.

"Je ne m’attendais pas à voir autant de monde dans les salles et des gens qui font la queue, ou même une heure de route pour venir voir mon film, explique Sophie Loridon. Je me sens impressionnée et j’avoue que je ne maîtrise plus du tout l’engouement autour de Lucie. Au Puy-en-Velay, il a fallu faire cinq séances, salle comble à chaque fois, et d’autres dates sont prévues. Avec le bouche-à-oreilles et le soutien des médias locaux, le film fait son chemin et on me demande d’organiser des séances dans le Tarn ou ailleurs".

Pourquoi un engouement aussi fort ? Parce que le personnage est particulièrement attachant et témoigne d’une France oubliée, sortie de nos mémoires. Ces temps où l’on vivait sans eau ni électricité. Sortie de nos quotidiens de citadins, cette proximité avec la nature et la simple recherche de l’essentiel, le manger, le chaleur, l’eau, l’abri, la famille, les voisins. 

Le film prend le temps d’un regard, d’un soupir, de nous faire humer un bol de soupe ou de café et de prendre de la hauteur pour respirer au grand air. Toutes ces choses qui manquent tant dans les vies modernes. 

"Lucie n’a pas eu une vie simple et facile, mais elle a vécu chaque moment de sa vie pleinement" explique Sophie Loridon. 

Au-delà ces qualités artistiques indéniables, c’est sûrement son côté "madeleine de Proust" qui émeut tant les spectateurs. 

"Lucie n'est pas une super héros, mais nous avons tous eu une Lucie dans nos familles, c'est ce qui touche les gens, je crois". 

Sophie Loridon est aujourd’hui débordée par le succès. Ce film auto-produit sera bientôt, enfin, enregistré en sortie nationale, et un distributeur devrait pouvoir le prendre en charge, pour relayer Sophie Loridon dans sa promotion. "Lucie" ne sera pas un blockbuster, mais ceux qui l'auront vu ne l'oublieront pas. 

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